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And Patrick Habis

Vivre par terre

Philippe Castetbon, Vivre par terre, Éditions Tirésias, 2005.

La dignité par le regard et par les mots. De Philippe Castetbon on connaît le travail sur les résistants parisiens. À partir de plaques commémoratives, l’auteur a retrouvé amis, frères, cousins, soeurs des jeunes héros ; il les a écoutés. On les entend et on voit le portrait des jeunes hommes morts pour la libération de Paris, dans Ici est tombé, publié en 2004 aux Éditions Tirésias. Ces jeunes morts, on les voyait debout, croyant dans un avenir heureux et libre. Dans Vivre par terre, Philippe Castetbon parcourt à nouveau Paris mais il ne regarde plus à hauteur d’homme. Il photographie (entre 2001 et 2005) des hommes (s’agit-il toujours d’hommes ? Homme, femme, on ne sait pas, pas de signe visible qui dise le sexe) pour la plupart, couchés sur le macadam des trottoirs, faux marbre des entrées d’immeubles, bouches d’aération du métro, cartons, banc de bois dont la peinture verte s’écaille ; il semble que cette dernière photo du livre donne à voir une femme : les cheveux, la main, la seule personne dont le corps endormi ne touche pas le sol de la ville. On peut penser aussi que ces hommes couchés, enveloppés de la tête aux pieds (ils portent sur eux leur garde-robe complète) sont plutôt jeunes. C’est le choix du photographe. Dix-sept photos, seize textes en vis-à-vis. Des photos en noir et blanc, la couleur des rues et des trottoirs sous les pieds, gris, noir, blanc, les couleurs de la vie et du sommeil de ces hommes à terre. Les textes des écrivains, des textes courts, inédits, ne redoublent pas l’image, ils disent, chacun, l’intime imaginaire de l’homme couché, regardé depuis la chambre, la table, le bureau de l’écrivain. Des textes sobres, pudiques, justes, qui réussissent à souffler un peu de vie à une misère si près de la mort. Photos et textes, le temps d’un regard, le temps et l’espace des mots donnent de la dignité à ces hommes par terre.