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Un mur en Palestine

René Backmann, Un mur en Palestine, Fayard, 2006, 20 €

Le jury du Prix Palestine – Mahmoud Hamchari 2007, présidé par Alain Gresh, journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique a choisi le livre de René Backmann, Un mur en Palestine [1]. Rédacteur en chef au Nouvel observateur où il dirige le service étranger, René Backmann couvre depuis 25 ans l’actualité politique au Proche Orient. Il est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages dont Les Polices de la nouvelle société, en collaboration avec Claude Angeli (François Maspéro) et Les Medias et l’humanitaire en collaboration avec Rony Braumann (CFPJ). En couronnant Un mur en Palestine, le jury a voulu distinguer « le formidable travail d’un journaliste », « un témoignage excluant tout esprit de propagande », un livre qui nous interpelle : « Le mur de Palestine est-il un moyen de lutte contre le terrorisme ou un barrage contre la paix ? »

Par ailleurs, le jury du Prix Palestine-Mahmoud Hamchari a attribué à l’unanimité un prix spécial à l’ouvrage de l’ancien Président des Etats- Unis, Jimmy Carter : Palestine : la paix, pas l’apartheid. [2]

Auteur, lui aussi, de bon nombre d’ouvrages – et, parmi les plus récents, de Parlons de paix (Michel Lafon) et de Le Guêpier (Ada), l’ancien président des Etats-Unis (1977-1980) et Prix Nobel de la Paix (2002) Jimmy Carter ne craint pas, dans Palestine : la paix, pas l’apartheid, de faire référence à la politique de ségrégation raciale pratiquée en République d’Afrique du Sud à partir de 1948, pour dénoncer les pratiques abusivement répressives du gouvernement israélien à l’encontre des Palestiniens. Des pratiques illustrées notamment « par les barrières grillagées, les détecteurs électriques, les blocs de béton installés le long de la frontière avec la Cisjordanie, privant les populations de leurs droits fondamentaux ».

Au-delà de l’expression véhémente de cette dénonciation, c’est l’oeuvre de médiation constante dans les conflits internationaux entreprise par l’ancien président américain (il fut notamment en 2005 et 2006 un observateur vigilant lors des élections en Palestine) que le jury a tenu à récompenser.

Comme les années précédentes, le jury a été confronté à un choix difficile : le troisième tome (un quatrième est attendu en 2008) de La Question palestinienne d’Henry Laurens : L’Accomplissement des prophéties (Fayard, mai 2007) qui évoque « avec un éclairage toujours aussi exceptionnel » la période cruciale de 1947 à 1967 étant salué par tous comme « une oeuvre majeure ».

Dans un genre différent, le récit attachant du jeune auteur palestinien Mahmoud Abou Hashhash qui dirige le programme Culture et arts à la Fondation Qattan à Ramallah : Ramallah, mon amour témoigne de l’essor prometteur de la jeune littérature palestinienne. Deux voix se sont portées sur cet ouvrage dont la traduction de l’arabe en français (Emma Aubin- Boltanski et Leïla Tahir) a été unanimement appréciée par le jury. Déjà lauréat du Prix Palestine-Hamchari pour l’ensemble de son oeuvre (1994) le poète Mahmoud Darwish qui vient de publier un nouveau recueil de poèmes : Comme des fleurs d’amandier ou Plus loin (Actes Sud, septembre 2007) n’attend plus une consécration qui lui est depuis longtemps acquise.

Le jury a enfin souligné le mérite du roman d’Elias Khoury, écrivain et journaliste libanais lui aussi largement reconnu : Comme si elle dormait (Actes Sud, septembre 2007). Un ouvrage « qui frappe par ses références constantes à la poésie arabe classique et à la légende dorée des saints de l’Église d’Orient »

Le Prix Palestine-Mahmoud Hamchari

Du nom du premier représentant de l’Organisation de libération de la Palestine en France, assassiné à Paris en 1972 par le Mossad, ce prix a été créé en 1973 à l’initiative de l’Association de solidarité franco-arabe et de la revue France Pays Arabes. Il est constitué de onze membres : Marie-Claude Vignaud Al Hamchari, Kenizé Mourad, Huguette Pérol, Paul Balta, Jean- Paul Chagnollaud, Alain Gresh, Henri Loucel, Jean Rabinovici, Philippe de Saint Robert, Robert Vial et Dominique Vidal. Le jury du Prix 2008 – qui devrait élargir son choix à des fictions ou documentaires cinématographiques – sera présidé par Kenizé Mourad, écrivain.

Notes 1. Éditions Fayard, juillet 2007. 2. Editions de l’Archipel, 2007, traduction en français de Jean-Paul Mourlon.