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Un Etat pour deux peuples ? une « stratégie » de renoncement

Jean-Paul Chagnollaud: Professeur des universités et Directeur de l’iReMMO
22 novembre 2010
Contribution du débat sur la Palestine dans la Croix du 19 novembre 2010 Encore quelques années et cela fera près d’un siècle que les Palestiniens sont en quête d’un Etat... Dans les années 1920, au début du mandat britannique, leur lutte se focalise sur une revendication forte et cohérente : un Etat sur toute la Palestine. Malgré la prégnance de l’arabisme alors dominant, cette lutte s’affirme de manière singulière d’autant plus qu’elle se nourrit de la confrontation avec le mouvement sioniste qui lui aussi veut un Etat sur cette terre. Mais cela ne dure pas. Au lendemain de la grande révolte de 1936, à la fois apogée et crépuscule de cette quête nationaliste, la question de Palestine devient une question arabe. Cette période de violentes confrontations se termine en 1938-1939 par une terrible répression qui déstructure pour longtemps le mouvement palestinien. Et lorsque survient la guerre de 1948, il n’y a plus personne pour parler au nom des Palestiniens qui sont alors marginalisés. Leur territoire disparaît sous Israël tandis que la Cisjordanie est annexée par la Transjordanie et que Gaza passe sous administration égyptienne.

Après cette catastrophe (la Nakba) il n’est plus question de revendication palestinienne autonome. En 1964, l’OLP est créée par Nasser qui entend tout contrôler. Dès lors il est logique que la Charte de cette nouvelle organisation ne fasse aucune référence à un Etat palestinien. C’est dans ce contexte difficile que le Fatha de Yasser Arafat va défendre une approche radicalement différente fondée sur l’affirmation de l’identité palestinienne. Elle s’impose au lendemain de la défaite historique de 1967 qui entraîne l’effondrement du nationalisme arabe. Dès 1968/1969, le Fatah prend le pouvoir au sein de l’OLP et fait adopter une nouvelle Charte dans laquelle le peuple palestinien « affirme son droit à l’autodétermination et à la souveraineté sur son pays ». Le choix stratégique est donc alors la revendication d’un Etat démocratique sur toute la Palestine au sein duquel « Juifs, Chrétiens et Musulmans vivraient en paix et jouiraient des mêmes droits ».

Dans une telle situation, la stratégie des deux Etats apparaît à beaucoup de Palestiniens comme étant déjà obsolète. D’autant que sur le terrain, l’emprise israélienne se renforce tous les jours. L’armée contrôle tout. Les colons, de plus en plus nombreux (500.000, Jérusalem-Est inclus), s’installent presque partout. Les colonies sont sans cesse en expansion. Le mur déchire le territoire palestinien en de multiples coupures infranchissables et préfigure de nouvelles annexions. En définitive, il ne reste plus aux Palestiniens que quelques morceaux de territoires, séparés les uns des autres, rendant de plus en plus improbable la création d’un Etat viable.

Alors, comme pour s’échapper de cette réalité oppressante, certains en reviennent à l’idée d’un seul Etat sur toute la Palestine même s’ils savent qu’elle est totalement inacceptable pour les Israéliens. Un Etat démocratique où les Palestiniens auraient toute leur place et ce d’autant plus que, d’ici un an ou deux, ils pourraient être majoritaires sur le territoire de la Palestine mandataire, du Jourdain à la Méditerranée. Déjà en 2009, l‘équilibre démographique était pratiquement atteint : la population juive compte 5.634.000 personnes tandis que les Palestiniens sont environ 5.463.000 dont 1.513.000 en Israël, 1.500.000 à Gaza, 250.000 à Jérusalem-Est et 2.200.000 en Cisjordanie.

Dans les années 1960, cette thèse avait toute la force d’une utopie mobilisatrice. Aujourd’hui, dans cette configuration désespérante, elle n’est plus que l’habillage théorique d’un renoncement. Pour que ce constat ne se transforme pas en destin, il est essentiel de continuer à défendre la stratégie d’un Etat palestinien à côté d’Israël.