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And Patrick Habis

Sport et politique en Méditerranée

Sous la direction de Christophe Chiclet et Kolë Gjeloshaj, Sport et politique en Méditerranée, L’Harmattan, 2005

La folie médiatique du spectacle olympique étant passée et déjà presque oubliée, il est intéressant de poursuivre la réflexion sur la place extraordinaire prise par le sport dans nos sociétés depuis le coup de force du baron de Coubertin, en 1896, et depuis la fin du XXè siècle. Argent, dopage, violence, mafia…, la question sportive est devenue éminemment politique et les coulisses du spectacle sportif ne sont pas reluisantes.

C’est l’objectif de cet ouvrage dirigé par Christophe Chiclet et Kolë Gjeloshaj qui plonge dans les relations complexes du sport et de la politique en se concentrant sur le bassin méditerranéen qui, de ce point de vue, est encore peu étudié. On sait encore peu par exemple que l’éclatement de la Yougoslavie a commencé dans les stades en y trouvant une expression évidente. Jean-Arnault Dérens analyse cette histoire qui a vu se redéfinir les « nouvelles frontières identitaires du "nous” et des "autres” » avec la montée en puissance de personnages comme le Serbe Arkan. D’une manière caricaturale, le football yougoslave a été gangrené par la politique et la mafia, au point que des clubs de supporters se sont transformés en milices paramilitaires tristement célèbres. La caricature supposant un modèle, européen en l’occurrence, plusieurs chapitres du livre l’explorent à travers les questions du hooliganisme du Nord et du Sud (bien utile comme repoussoir pour conserver l’image d’un sport propre), du dopage et de l’argent (les scandales financiers qui agitent par exemple l’Italie et l’Espagne). Le football, sport-roi parce que populaire et riche, est ainsi montré dans cet ouvrage sous ses aspects les plus sinistres et, si l’on pense à la communication surpuissante que déploie le foot-business, c’est plutôt salutaire…

Mais l’intérêt du livre réside aussi dans l’étude de sujets méconnus. Christophe Chiclet décortique ainsi la signification politique et financière – humaine également – des derniers Jeux olympiques, un point de vue qui n’a pas fait les unes pendant les JO… Un chapitre est consacré aux représentations corporelles du sport pour les femmes du Maghreb en France et deux autres au rapport entre l’islamisme algérien et le sport (les sportifs pris comme cibles) et aux limites du sport en droit arabe et musulman (la place de la femme à travers les questions vestimentaires). Memet Koksal évoque de son côté la minorité turque de Belgique pour laquelle le sport, à travers le tournoi Attatürk, est une affirmation politique et identitaire. L’importance nationale voire nationaliste du sport est également essentielle au Liban, en Tunisie et de façon plus générale autour de la Méditerranée à travers l’organisation de Jeux régionaux qui permettent ou font entrevoir l’affirmation de puissances politiques et étatiques. C’est le versant positif et structurant du sport, qui signifie alors intégration voire émancipation. À l’évidence, à la lecture de cet ouvrage très éclairant, le sport est bien un révélateur des enjeux et des dysfonctionnements de la société ; il est bien politique à tous les sens du terme, pour le pire et le meilleur.