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Rébétiko, la mauvaise herbe

David Prudhomme, Rébétiko, la mauvaise herbe, ed. Futuropolis,2009, 103 p.

Le Rébétiko est un genre musical grec très particulier, loin des musiques régionales du pays et encore plus éloigné de la soupe gréco-disco ou du turbofolk balkanique, servi pour les touristes en mal de sirtaki. C’est la musique des bas-fonds, des fumeurs de haschich, des voyous, des insoumis, des réfractaires à toute autorité, bref, des « hommes libres ».

Une de ses plus fameuses chansons commence par : « Nous avons des narguilés, nous avons du haschich, nous avons des petites nanas… ».

Le mot Rébétiko dont les chanteurs et les musiciens sont les Rébétes, vient du turc rebet qui signifie hors-la loi ou déclassé. En effet, le Rébétiko est venu d’Asie mineure quand 1,5 million de Grecs ont été chassés d’Anatolie et de Constantinople en 1922-1923. Ces réfugiés, souvent issus des classes moyennes de l’Empire ottoman, se sont retrouvés prolétarisés dans les bidonvilles du Pirée et d’Athènes. Les musiciens de Smyrne et de Constantinople ont rencontré la musique des marins et des dockers du Pirée. De cette fusion est née, dans les vapeurs de l’ouzo et du retsina, une musique mélancolique reflétant le déchirement de l’exil, du paradis perdu, de la tragédie du peuple grec.

Le Rébétiko a tout de suite été accepté et partagé par le peuple grec. Ce n’est donc pas un hasard si le dictateur Métaxas, au pouvoir de 1936 à 1941, a interdit le Rébétiko, enfermant les rébétes, fermant les tékés où l’on fumait du haschich en admirant les danseuses orientales, ainsi que les tavernes où l’on buvait, dansait au son des bouzoukis et des baglamas. Cela a duré jusqu’au début des années 60. Ensuite, avec l’arrivée massive des touristes, le Rébétiko a perdu son âme pour devenir un produit marchand sans odeur ni saveur. C’est au début des années 80 que de jeunes groupes de musiciens ont repris les vieilles mélopées de Vamvakaris, Domna Samiou, Tsitsanis, Sotiria Bellou. C’est toute cette épopée que retrace David Prudhomme sous forme d’une bande dessinée, avec son coup de crayon si particulier.