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Pour un « accord de solidarité » entre l’Union européenne et la Tunisie

Jean-François Coustillière: Consultant indépendant associé au groupe d’analyse de JFC Conseil et Membre du Comité scientifique de confluences Méditerranée.
29 avril 2011
Jean-François Coustillière écrit - L’Union européenne doit imaginer un objectif ou un horizon réellement séduisant qui puisse mobiliser non seulement les décideurs mais aussi les populations en Tunisie.

La Tunisie a connu une révolution qui se traduit aujourd’hui par un processus de reconstruction de l’Etat sur de nouvelles bases différentes avec le souci d’améliorer la qualité de la gouvernance et celle de la participation du peuple à la conduite des affaires nationales.

D’autres pays du pourtour méditerranéen connaissent des révoltes également motivées, le plus souvent, par la dégradation des conditions de vie des populations, et plus particulièrement un déficit considérable d’offres d’emplois. Ces événements connaissent des développements très différents allant de la guerre civile, comme en Libye, à un raidissement politico-social conservateur, comme en Syrie, ou à l’amorce de modernisation comme en Egypte, voire au Maroc. Seule la Tunisie est engagée dans un véritable processus de reconstruction fondamentale.

Une « prime » à la modernisation

Face à cette situation, les décideurs européens adoptent des positions qui visent, le plus souvent, à conserver les instruments existants se contentant de promettre – sans modifier le cadre global – des efforts plus importants en fonction de l’appréciation portée sur les progrès effectués.

Il convient sans doute de s’interroger sur la pertinence d’une telle attitude dans la situation présente et d’imaginer des voies et moyens qui montrent que cette volonté de révolution a été réellement perçue par les pays de l’Union européenne qui souhaitent en accompagner les progrès.

Dans ce but, il importe de différencier plus nettement les politiques et les instruments relationnels avec les pays, en fonction des situations observées. Concernant la Tunisie, il semble ainsi souhaitable d’adapter les outils existants tels le Partenariat Euromed, la Politique européenne de voisinage (Pev), l’Union pour la Méditerranée (UpM) ou autres…, pour tenir compte des ambitions affichées par ce pays et d’élargir l’offre de coopération en proposant des perspectives nouvelles plus ambitieuses qui constituent une véritable « prime » à la modernisation. Cette proposition doit s’appuyer sur la définition, par la Tunisie elle-même, des objectifs qu’elle se fixe en matière de révisions des constitutions, des institutions, des règles électorales, etc., et sur un processus d’évaluation conjointe de l’avancement des progrès accomplis. Les critères Etat de droit, égalité hommes/femmes, protection des minorités, liberté de l’exercice des cultes, respect des engagements internationaux seront certainement centraux dans l’évaluation envisagée.

Un soutien solide aux ambitions de la population

Afin d’accompagner la Tunisie, ainsi que tout autre pays ayant choisi la même démarche, dans ses efforts pour atteindre ses objectifs, il convient d’imaginer de nouveaux instruments et de nouveaux horizons qui constituent à la fois un soutien solide et crédible aux ambitions de la population tunisienne, mais aussi un véritable projet partagé avec l’Union européenne. Ce dernier doit être suffisamment attrayant pour nourrir une coopération fondée sur un partenariat respectueux et équilibré.

Ce soutien européen doit donc privilégier la création d’emplois, la sécurité alimentaire et la suffisance de la ressource en eau, puis l’accès aux autres biens essentiels (la santé, l’assainissement, l’éducation, le logement, l’énergie, etc.), selon un échelonnement qui réponde devra répondre aux urgences définies par le pouvoir tunisien et aux exigences imposées par la dégradation de la situation économique fragilisée par la crise mondiale.

Il passera sans doute prioritairement par l’appui à l’éducation et à la formation professionnelle et, plus généralement, par la définition de nouveaux moteurs de croissance, plus équilibrés socialement et plus innovants. Cet appui nécessitera la mise en place sans délai d’une aide d’urgence, puis de crédits remboursables importants.

Mais un tel soutien ne suffira pas à motiver les efforts et les sacrifices indispensables au succès de la révolution. Il faudra imaginer un aboutissement, un objectif ou un horizon réellement séduisant qui puisse mobiliser non seulement les décideurs mais aussi les populations en Tunisie. +
Cet enjeu proposé à tous les pays ainsi en marche vers la démocratie reste à définir. Il pourrait cependant reposer sur un « Accord de solidarité » qui s’inspirerait du statut d’associé tel qu’il est accordé par l’Union européenne à la Norvège ou à la Suisse. Ce statut prévoirait, la mise en place d’outils de convergence économique et sociale aboutissant, graduellement, à la libre-circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes et l’association par voie de consultation à la préparation des directives européennes sur les domaines industriel, agricole et douanier.

Source : Article publié sur le site Kapitalis. le 25 avril 2011.
http://www.kapitalis.com/afkar/68-tribune/3661-pour-un-laccord-de-solidariter-entre-lunion-europeenne-et-la-tunisie.html