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Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire

Jim House et Neil Mac-Master, Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire, Editions Tallendier, 2008, 538 p.

Le livre des deux historiens anglais Jim House et Neil Mac Master sur Octobre 1961 à Paris résulte d’une investigation en profondeur qui croise – et critique – toutes les sources disponibles possibles : archives publiques et privées, documents parlementaires, presse, sources audiovisuelles, internet, et une décisive enquête d’histoire orale, domaine dans lequel les historiens britanniques furent parmi les pionniers reconnus. Dans la même inspiration, il faut aussi saluer le livre, bien peu connu en France, de Martin Evans sur la résistance française à la guerre coloniale dite « guerre d’Algérie [1] ».

Quant à Paris 1961, c’est un livre d’une telle richesse qu’il a toute chance de demeurer longtemps le livre définitif sur la question. Il met en particulier l’accent sur l’importance du transfert en France des techniques répressives mises en ouvre contre les Algériens d’Algérie lancés dans leur lutte de libération nationale, afin de briser la résistance anticoloniale des Algériens de France. Octobre 1961 a été refoulé dans les mémoires, tant françaises qu’algériennes, pendant plus de deux décennies, pour âprement ressurgir dans des témoignages, dans la militance associative, dans l’histoire militante. De ce point de vue, on est bien, dans le bons sens du terme, dans le « post-colonial ». Avec Paris 1961, nous avons un superbe exemple de réflexion historique sur la mémoire – les mémoires –, et sur l’art historien de la (les) traiter, comme l’historien en doit user avec les autres documents historiques. Comment le pouvoir gaullien en usa avec ses propres citoyens le 8 février 1962 aide à mieux comprendre encore comment il en usa avec des colonisés.

Note 1. Mémoire de la guerre d’Algérie, éd. L’Harmattant, janvier 2008, 250 p., 25 €.