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And Patrick Habis

Ottomanes. Autochromes de Jules Gervais-Courtellemont

Enis Batur, Emmanuelle Devos, Timour Muhidine, Ottomanes. Autochromes de Jules Gervais-Courtellemont, Ed. Bleu Autour, Saint-Pourçain sur Sioule, 2005, 155 pages, 28 €

Cet éditeur basé dans l’Allier nous avait déjà habitués à deux magnifiques livres sur les Egyptiennes et les femmes d’Afrique du Nord. Il agrandit sa collection avec deux magnifiques albums sur les femmes juives d’Afrique du Nord et sur les Ottomanes. On appréciera tant la qualité des textes que la beauté des reproductions. Enis Batur et Timour Muhidine sont des écrivains turcs et Emmanuelle Devos et responsable-adjointe de la cinémathèque Robert-Lynen. L’autochrome est le premier procédé industriel de photographie en couleur. Il existe des centaines de plaques sur les Balkans et les guerres balkaniques, en particulier sur la campagne de l’armée d’Orient, l’armée française qui en 1918 partit de Salonique pour libérer Belgrade car les photographes suivaient les armées en mouvement. Mais cette fois, les plaques de l’explorateur Jules Gervais-Courtellemont nous montrent l’Empire ottoman de l’intérieur, présentant des images des actuelles Turquie géographiques, de la Thrace orientale à l’Anatolie centrale, mais aussi des anciennes régions sous occupation ottomane : Syrie et Palestine.

Gervais-Courtellemont a projeté ses plaques lors de conférences savantes à Paris où il aimait citer son ami, l’écrivain ottomaniste romantique Pierre Loti qui a passionnément vécu à Istanbul. Si beaucoup des ces autochromes sont fortement imprégnées d’orientalisme, d’autres témoignent aussi du constant intérêt porté par le photographe-explorateur aux évolutions politiques et sociales du Moyen Orient à la veille de la disparition de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. On regrettera que les photos ne soient pas datées, même si on sait qu’elles ont été prises vers 1907-1908. Gervais-Courtellemont était sur le terrain lors de la révolution du parti Union et Progrès, plus connu sous le nom de “Jeunes Turcs”. Révolution contre l’obscurantisme des derniers sultans pour l’amitié entre tous les peuples de l’Empire : Turcs, Grecs, Arméniens, Juifs, Arabes, Slaves. Une sorte de printemps des peuples de l’Empire qui se retrouvent dans une fraternité partagée. Ces autochromes sont une preuve sur plaque de verre de ce moment de liberté et d’égalité. Mais le photographe a quitté trop tôt la Sublime porte. Il aurait pu faire alors des autochromes plus tragiques : la fin du rêve “Jeunes Turcs”, leur conversion au nationaliste turc et au pan-turquisme (de la Bosnie à la Chine), leur alliance avec la Prusse et l’Autriche-Hongrie en 1914 et la mise en oeuvre de la solution finale contre les Arméniens, les Assyro-chaldéens et les Grecs pontiques.