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And Patrick Habis

Nos mères, paroles blessées

Fatima Besnaci-Lancou, Nos mères, paroles blessées, Zellige, Léchelle, 2006, 128 p.

Le livre de Fatima Besnaci-Lancou, préfacé par Claude Liauzu, s’inscrit contre le simplisme et le manichéisme qui ont durablement fait la loi dans les États, tant algérien que français. Il s’agit des « harkis », qui ont été pratiquement laissés à leur sort, enrobés de silence et souvent traités indignement par des autorités françaises qui les avaient naguère pourtant mercenarisés, et ainsi gravement compromis aux yeux de la société et de la classe politique algériennes. Côté algérien, ils ont été considérés comme traîtres, et d’emblée déchus d’une nationalité qu’ils n’avaient jamais eue. L’historien peut – doit – expliquer pourquoi, soit le divide ut imperes colonial, soit la misère, soit les retombées de luttes fratricides entre Algériens (et parfois tous ces facteurs ensemble) expliquent un destin les ayant désignés à des représailles sanglantes sur le sol natal en 1962, et assignés à la froideur de l’exil dans cette France qu’ils ne connaissaient pas et les acceptait à contre-coeur.

Fatima Besnaci-Lancou s’est, elle, contentée, avec la patience et l’attention requises, de recueillir des récits de femmes de harkis, victimes sans avoir jamais été coupables. Ce livre est poignant, et il laisse un goût amer tant il est vrai que, de part et d’autre de la Méditerranée, les États ne s’en sont en rien souciés, enfermés qu’ils étaient – qu’ils restent souvent – dans un manichéisme opposé. L’auteure n’est pas historienne ; mais un travail sensible sur un sujet aussi brûlant ne peut être que respecté, considéré et utilisé avec profit par les historiens comme un témoignage bouleversant et sans parti-pris. Bref, le contraire d’une mémoire agressive.