À l'iReMMO

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

Mémoire algérienne

Henri Alleg, Mémoire algérienne, Paris, Stock, 2005, 411 p.

Voici un livre majeur pour qui veut comprendre l’histoire de l’Algérie et de l’anticolonialisme du demi-siècle écoulé. On ne présente plus son auteur. Mais ses origines – juives d’Europe orientale, via une acclimatation britannique et un aboutissement parisien – sont intéressantes pour suivre sa trajectoire. Celle-ci l’a finalement conduit, dans les phases où se forment les personnalités politiques, un peu au hasard des destinations estivales inscrites dans l’euphorie ajiste du Front Populaire, en Algérie, à Oran et à Alger. C’est là qu’il devint communiste, qu’il entama sa militance dans le mouvement de la jeunesse communiste du PCA, puis qu’il devint le pilier du journal Alger Républicain, lequel avait accueilli avant lui Albert Camus, et qui accueillit aussi, in fine, Yacine Kateb, et qui fut le plus grand journal militant de l’Algérie coloniale, et peut-être le plus populaire.

L’équipe d’Alger Républicain, tout comme le cercle de militance où évolue Alleg, situe ses engagements sous le signe d’une lutte anticolonialiste, en phase avec celle imaginée par l’internationale des damnés de la terre. L’authentique et chaleureuse fraternité militante, l’abnégation et le travail à perdre haleine, qui faisaient si souvent mettre de côté une vie familiale inscrite elle-même au coeur de l’engagement partisan, constituent le leit motiv de ce livre. Dans le contexte de la guerre de reconquête coloniale de 1954-1962, le PCA et Alger Républicain interdits, son engagement obligea Alleg à la clandestinité ; il le conduisit dans les geôles et les tables de torture colonialistes, les procès joués d’avance, et, après trois ans d’incarcération, à l’évasion finale d’une prison bretonne.

Oui, il est vrai qu’il y eut au mouvement communiste un authentique militantisme et d’incontestables engagements anticolonialistes. Cela avait été vrai, à la bolchévique, à l’époque de la SFIO et de la section algérienne du PCF. Sur le plan de l’engagement partisan, ce fut à mon sens moins vrai – ou vrai davantage en mineur – à partir de la conférence d’Ivry qui signa l’entrée dans la stratégie Front Populaire et de ce que l’historien, communiste à l’origine, René Gallissot, dénomme la nationalisation française, concomitante, du parti. Cette Mémoire algérienne – on le comprendra de l’entièreté des adhésions de son auteur –, dessine de fait un parti communiste d’Algérie, devenu « algérien » après le congrès de Villeurbanne de 1936 au moment même où une sourdine était mise à ses engagements indépendantistes, tout uniment anticolonialiste.

Il y a là un vrai débat. Il y avait de fait dans ce parti d’authentiques résolutions anticolonialistes. Il est incontestable qu’il y eut un PCA anticolonialiste, ô combien ! Et le PCA était la première –il fut longtemps la seule- vraie école de militantisme algérien. Mais en même temps – cela, le livre ne l’énonce pas-, il y eut ambiguïté sur la question nationale algérienne, en phase avec cette conception illustrée par le secrétaire général du PCF Maurice Thorez qui, à l’immédiat avant-guerre, évoquait à Alger une nation algérienne, mais sans résolument mettre au premier plan la centrale barrière coloniale qui, en Algérie, clivait la société.

Ce que ne marque pas le livre (ce qu’il craint de marquer ?), c’est que, bon an mal an, la barrière coloniale était aussi inscrite dans les clivages qui traversaient le PCA : c’est ce que laisse entendre, encore, René Gallissot, lorsqu’il parle du « socialisme colonial », lequel ne fut pas l’apanage de la seule SFIO en Algérie. Aux heures décisives des années quarante et cinquante, dès lors que le PCA prenait clairement fait et cause pour une ligne anticolonialiste, c’était souvent en se heurtant aux réticences de sa base « pied noir ». A l’inverse, une tiédeur dans la poursuite de cette même ligne risquait de conduire sa base algérienne à prendre avec lui des distances. Cela le livre ne le dit guère, sauf à mentionner ici et là des erreurs, voire des fautes, erreurs et fautes qui ne sont jamais très clairement élucidées.

Certes, Henri Alleg a raison de souligner les blocages communautaristes, en effet volontiers sous-tendus par des stratégies implicites de pouvoir, de tels compétiteurs nationalistes algériens. Oui, il est vrai que, entendant bien régner en maîtres sur une société représentée comme croyante, nombre de cadres du FLN (pas tous) firent de la référence dite musulmane l’alpha et l’oméga identitaire de la nation algérienne. Pour autant, il est bien vrai que, dès la phase de la Résistance et de la nationalisation française qui firent virer le PCF au premier cercle de l’événement et du pouvoir français, le mouvement insurrectionnel algérien de mai 1945 fut sommairement stigmatisé par l’Humanité comme entaché des manoeuvres d’un complot nazi. Non que la propension à comploter n’ai pas été avérée dans tels cercles de pouvoir colonialistes. Pour autant, il y avait évidemment bien autre chose dans le mouvement de mai 1945, Henri Alleg en convient sans peine. Mais sans qualifier comme il convient les lourdes aberrations communistes du moment en la matière.

Qu’on nous entende : l’anticommunisme était bien réel au PPA-MTLD, comme il fut ultérieurement bien réel au FLN. Mais cet anticommunisme ne naquit pas par génération spontanée ; et il fut aussi généré par tels jugements sans appel imprudents et, au moins, par des atermoiements qui discréditèrent durablement le PCA aux yeux de militants nationalistes dont les plus purs l’auraient sans cela accueilli avec moins de réserve. Il n’y a pas que dans la politique coloniale du pouvoir français qu’il y eut des occasions manquées. Qu’on songe à l’effet désastreux que produisit sur les Algériens le refus d’un cadre syndicaliste et communiste de Skikda, à l’automne 1952, de témoigner, à l’encontre des directives du parti, contre des policiers qui avaient tiré sur des manifestants du PPA-MTLD, faisant un mort et plusieurs blessés. Certes le parti eut raison de sanctionner ce cadre, mais le mal était fait. Pourquoi ne pas évoquer de tels épisodes, si douloureux et si lourds de nuages pour l’avenir, qui rendent compte de problèmes de fond bien réels ?

A la veille du 1er novembre 1954, Henri Alleg dit qu’il ignorait tout du tout jeune FLN, mais qu’il se douta vaguement de quelque chose grâce à une allusion sibylline d’Hocine Lahouel. Cela alors même que la police et les renseignements militaires français étaient bien moins ignorants. En tout cas, le PCF, dans le communiqué du 8 novembre 1954 du Bureau Politique, désignait, rapporte Alleg, « comme responsables des événements “les gouvernements qui ont opposé leur refus aux revendications nationales de l’immense majorité des Algériens”, et demandait de “reconnaître le bienfondé des revendications à la liberté du peuple algérien” et l’ouverture de discussions “avec les représentants qualifiés de l’opinion publique algérienne.” » (p. 182). Un grand militant, engagé dans le soutien direct au FLN, Jacques Charby, lui, cite, dans Le Monde du 5 novembre 2005, l’intégralité du communiqué et il reproche à Henri Alleg de ne pas avoir cité la deuxième partie, qui dit : « En de telles circonstances, fidèle à l’enseignement de Lénine, le PCF, qui ne saurait approuver de recourir à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux, assure le peuple algérien de la solidarité de la classe ouvrière française dans sa lutte de masse contre la répression et pour la défense de ses droits. Le PCF est ainsi, une fois de plus, l’interprète de l’internationalisme des travailleurs, inséparable de l’intérêt national [1] » On en appellera au jugement du lecteur : qui, en matière de citations tronquées, lui paraît le plus critiquable ?

Quant aux tentatives de mettre sur pied les CDL (Combattants de la Libération), il s’est bien agi là d’une tentative visant à se placer sur le même terrain que l’Armée de Libération Nationale algérienne – le terrain maquisard –, mais sans accepter au départ de se fondre, justement, dans l’ALN… Cela pendant plusieurs mois de tractations – où le PCA voulait être intégré au FLN en tant que tel quand le FLN, fort de ses succès sur le terrain, n’acceptait que des ralliements individuels. L’aboutissement final fut l’accord bien peu glorieux du 1er juillet 1956 : l’incorporation pure et simple à titre individuel des lambeaux survivants des CDL. Est-il inimaginable d’avancer qu’un accord plus tôt survenu, et davantage en situation de force, aurait peut-être été mieux à même de garantir aux militants communistes une place plus dignement à la hauteur de leur engagement militant, et plus à même de les protéger face aux préventions à leur encontre des dirigeants des maquis algériens ? Jamais les CDL ne furent en mesure d’égaler, même de loin, sur le plan maquisard, les activités de l’ALN. Et rappelons que l’intégration au FLN à titre individuel qui avait été requise des communistes, et qui fut finalement acceptée, avait été exigée, pareillement, de tous les autres mouvements politiques algériens. Au FLN, en définitive, et que cela plaise ou non, les communistes furent dès lors trop souvent regardés comme des alliés douteux ou/et des ralliés incertains.

Quant à la politique du PCF, et notamment à la question si aiguë du vote par les communistes des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet le 12 mars 1956, [2] Henri Alleg soutient que ce vote était destiné à peser, dans le bon sens s’entend, sur la politique des socialistes : il s’agissait de ne pas s’éloigner des masses socialistes et d’entraver le virage à droite de la SFIO. Au vrai, quand on connaît le contenu desdits « pouvoirs spéciaux », on ne peut qu’être frappé par le fait qu’il s’agissait d’un régime d’exception conçu d’abord comme une machine de guerre contre le nationalisme algérien en lutte pour l’indépendance. Pourquoi ne pas dire les choses nettement ? La direction du PCF, dans un effet de vitesse acquise hérité, campait dans une stratégie Front Populaire qui subordonnait même ses réelles inclinations anticolonialistes au maintien d’un accord avec les camarades socialistes : tout ne se passa-t-il pas comme si, en l’occurrence, le national français prit le pas sur les engagements internationalistes ? Ce n’est pas être un anticommuniste principiel que de poser, au moins, la question. Roland Leroy, lui-même, a reconnu, dans l’Humanité du 8 juin 2001, que, dans le vote des pouvoirs spéciaux par le parti, « nous nous sommes trompés ».

Cela n’enlève rien, bien sûr, au fait que le PCF eut, au total, à son actif un effort considérable de mobilisation contre la guerre coloniale ; mais ce fut officiellement toujours selon les règles légalistes d’une stricte prudence entendant coller à ce que Gramsci dénommait le « senso comune » : ne rien faire de publiquement compromettant qui risquât de le déborder. Certes l’idéologie coloniale était jusqu’à un certain point assez largement intériorisée dans la masse du peuple français – c’est cela même le sens du « senso comune. » Et il y a toujours le risque, quand on fait un pas en avant, d’avoir à faire deux pas en arrière… Mais n’oublions pas, aussi, que Lénine assignait aussi au parti le devoir de se situer un pas en avant au-devant des masses.

En tout cas, pendant longtemps, le mot d’ordre du parti fut bien « Paix en Algérie ! », et non pas « Indépendance de l’Algérie ! » Lorsque j’étais jeune responsable à l’Unef, à Lyon, en phase terminale de la guerre de reconquête coloniale de 1954-1962, je me rappelle les différends qui opposaient sur de tels points politiques les militants de l’Union des étudiants communistes avec l’appareil de leur parti. Et j’ai en mémoire aussi l’exclusion du cercle de philosophie de l’UEC. Le moins qu’on puisse dire est que le PCF ne soutint pas le mouvement des appelés contre leur envoi en Algérie, à Grenoble et ailleurs. Ceux qui protestaient par leur insoumission contre la sale guerre coloniale ne furent-ils pas assez souvent assimilés à des gauchistes et à des provocateurs, et traités comme tels ? Même si des cas différents, ici et là localement, conduisent à nuancer le constat. Le Manifeste des 121 fut une entreprise entièrement en marge du PCF. Jean-Pierre Vigier, membre du Comité central du parti, écrivit à l’Humanité du 30 octobre 1960 que son parti « ne saurait approuver sous quelque forme que ce soit l’appel à l’insoumission ».

Quant à l’engagement aux côtés du FLN des « porteurs de valises » que Jacques Charby, dans son livre, a bellement dénommés les « porteurs d’espoir [3] », il est incontestable qu’ils furent le fait de très nombreux communistes ; mais à titre individuel, et sans que cela risquât de mettre en cause la légalité du parti. Souvent même, des militants communistes furent, pour leur engagement en faveur du FLN, exclus ou forcés de démissionner, et il y eut aussi des pressions sur des non-communistes : Isabelle Vichniac, qui fut longtemps correspondante du Monde à Genève, et qui hébergeait des déserteurs, des insoumis français et des porteurs de valises pourchassés, reçut la visite de responsables du Parti venus tout exprès en Suisse lui dire qu’elle ne devait pas héberger de déserteurs [4]. L’affirmation de Henri Alleg, dans son livre (p. 307), selon laquelle le PCF n’entrava pas l’engagement solidaire de ses membres aux côtés du FLN est contredite par nombre de témoins : Robert Bonnaud, Clara et Henri Benoits, Alain Krivine, Francine Riquier, Annette Roger, Claude Vinci – qui, tous, furent communistes- pour ne nommer qu’eux [5]. Et mon collègue Claude Liauzu, historien spécialiste de l’histoire de la colonisation, alors jeune militant communiste, m’a conté qu’une de ses obligations militantes était d’aller récupérer chez eux les cartes des adhérents risquant d’être arrêtés. A l’été 1962, Henri Alleg, évadé de prison, se retrouve, via un séjour en Tchécoslovaquie, à Alger dans le contexte des affrontements décisifs pour le pouvoir. Il note honnêtement les entrechocs entre cliques armées – à Alger notamment la wilâya 4 contre la Zone autonome d’Alger. Mais il ne dit pas nettement qu’ils opposèrent, schématiquement, un pouvoir légal – celui du GPRA- à un appareil militaire dressé contre la légalité, dirigé par Boumediene, avec, entre autres, Ben Bella pour fragile fusible civil, et qui fit tout ce qui était en son pouvoir pour déconsidérer le GPRA et provoquer une situation de conflit où il serait emporté. C’était là, après le coup d’Etat militaire de l’été 1957 contre l’exécutif civil – le CCE (Comité de coordination et d’exécution), l’ancêtre du GPRA – présidé de fait par Ramdane Abbane, un deuxième coup d’Etat… en attendant les suivants. Alleg, rentré à Alger, remet sur pied son Alger Républicain, non sans difficultés ni entraves, cela à un moment où la presse coloniale continue encore de paraître, mais avec succès finalement. Mais aucune explication n’est donnée sur les raisons de la réinstallation du journal dans de vastes locaux (pp. 354-355). La disparition d’Alger Républicain fut finalement programmée par sa fusion avec Le Peuple, pour donner le journal du FLN El Moudjahid. Le coup d’État de Boumediene du 19 juin 1965 emporta finalement la décision et détermina Henri Alleg à fuir l’Algérie, cette Algérie indépendante que peu de gens avaient autant que lui contribué à édifier, et qui ne lui avait reconnu la nationalité algérienne qu’au titre, personnel, des services rendus, mais non à ses enfants… alors que, d’après la loi de nationalité de 1963, il suffisait de s’appeler Mohammed, quel qu’ait été son passé politique, pour être déclaré Algérien.

Avec le recul, Henri Alleg juge durement Ben Bella : il lui paraît maintenant que ni sa ligne politique ni son idéologie ne différèrent fondamentalement de celles d’un Boumediene, et il interdit le PCA en novembre 1962 au nom de l’unité du peuple incarnée par le parti unique FLN. Alleg, pourtant, ne disconvient pas d’une certaine nécessité qu’il y avait d’établir un parti unique (p. 369). Approbateur des décrets de mars 1963 sur l’autogestion, il ne note pourtant pas que, avec le directeur nommé – qui s’imposa si souvent de fait au président élu –, la mainmise bureaucratique était d’ores et déjà en place. La lecture que j’ai parfois pu faire d’Alger Républicain lors des quelques mois que j’ai passés à Alger, en 1963 et 1964, dans les chantiers culturels, me laissa alors penser que le journal était plutôt enthousiaste sur ce qui se concevait et se décidait politiquement alors sous la présidence de Ben Bella. C’était l’époque où l’on pouvait rêver de l’Algérie comme d’un deuxième Cuba, chose que, avec le recul, Henri Alleg tient maintenant pour erronée. Les communistes algériens ont, de fait, au moins accompagné la politique alors proclamée ; et ils firent parfois plus même que de jouer le jeu, entraîneurs convaincus qu’ils étaient de la marche vers le socialisme. Publiquement, Ben Bella donna au directeur d’Alger Républicain du « mon ami Alleg ». Au fond, n’est jamais analysé dans le livre cet avatar du FLN sous la réalité qui lui avait donné forme dès l’été 1957 : la mainmise bureaucratique d’un appareil à fondements militaires.

Et la réalité – et le poids – des structures bureaucratiques ne font pas partie, plus généralement, de la grille d’analyse que met en oeuvre Henri Alleg. Ainsi, il regrette – et il a raison de la regretter – la monopolarisation autour d’un système impérialiste unique intervenue depuis la chute de l’Union soviétique. S’il est bien vrai que son effondrement a entraîné avec lui le vrai sentiment de fraternité et d’espoir issu de la Révolution de 1917, il est décevant de voir quelqu’un de la carrure de Henri Alleg en faire porter la responsabilité à la seule Perestroïka, et à Mikhaïl Gorbatchev. Comme si ce qui a emporté les systèmes dits socialistes n’était pas largement redevable à leur réalité socio-politique, c’est-à-dire à des caractéristiques bel et bien sui generis de ces systèmes : à supposer que le programme égalitaire dont le communisme a été porteur y ait été réalisé – ce qui ne fut pas vraiment le cas-, qu’est-ce, au mieux, qu’une société égalitaire sans la liberté ? Et pourtant, les analystes des évolutions de ces systèmes ont depuis longtemps à leur disposition des grilles de lecture lucides, depuis Milovan Djilas et sa « nouvelle classe », depuis Cornelius Castoriadis et sa « société bureaucratique. »

Dans ce livre – mais on le savait déjà avant ce livre-, Henri Alleg apparaît fondamentalement comme un pur. Pur il le fut, à l’évidence, et authentiquement. Mais il se trouve que même des purs peuvent être rangés dans des systèmes qu’ils ne dominent pas, et où leur pureté personnelle ne transsude pas vraiment à celle du système, et où, même, elle peut soutenir et garantir la pérennité globale du système. Henri Alleg, haute figure de l’abnégation militante, s’est identifié très jeune au système qui l’a, aussi, constitué. Mais sans l’apprécier avec toute la dialectalisation que requiert toute entreprise historique – et j’ajouterai, même politique. Il n’est en tout cas plus possible, si cela n’est même pas, aujourd’hui, dérisoire, de continuer à porter l’accusation éculée d’anticommunisme contre ceux qui tentent, prudemment et honnêtement, de dire le vrai. Tout le vrai.

Notes

1. Qu’il cite aussi dans son livre Les Porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, Paris, La Découverte, 2004, 299 p., page 13. 2. D’après Bernard Deschamps, ancien député communiste du Gard, il y aurait eu une dizaine de députés communistes à n’avoir pas voté la loi. 3. Jacques Charby, op. cit. 4. Jacques Charby, « Henri Alleg. Une mémoire algérienne communiste », in « Horizons Débat », Le Monde, 5 novembre 2005. 5. Cf. Jacques Charby, op. cit.