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And Patrick Habis

Mélanges Charles-Robert Ageron Etudes réunies et préfacées par Abdeljélil Temimi

Abdeljélil Temimi, Mélanges Charles-Robert Ageron, Fondation Temimi pour la recherche scientifique, Zaghouan (Tunisie) 1996.

La publication des Mélanges Charles-Robert Ageron en deux volumes à l’initiative du Professeur Abdeljélil Temimi vient en temps opportun renforcer et équilibrer un dialogue entre les deux bords de cette mer médiane — la Méditerranée — où le flux culturel a trop tendance à prendre une direction Nord- Sud. Par la densité des sujets abordés et la dimension de l’aire géographique embrassée, Les Mélanges répondent en effet à une exigence : celle d’établir une passerelle permanente entre les deux rives de la Méditerranée. Le mérite des Mélanges, véritable mosaïque, est d’offrir des regards multiples (français, tunisiens, algériens, italiens notamment), d’inclure plusieurs études éclairantes sur l’Empire ottoman (XVIIIème et XIXème siècles) et sur l’histoire coloniale de l’Afrique du Nord (XIXème et XXème siècles). Plusieurs articles traitent de l’Afrique du Nord, rappellent les racines économiques et sociales des nationalismes et retracent leur évolution. Les approches sont évidemment diverses, en fonction de l’angle choisi par chaque auteur. La démarche des auteurs intègre situation intérieure et politique coloniale, contradictions, illusions et naïvetés, sans rien ignorer des bouleversements introduits par les Lumières ou la Nahda. Plusieurs articles permettent en effet d’entrer de plain-pied dans l’histoire des idées. On citera l’étude de T. Chentouf sur les Lumières au Maghreb tandis que M. El-Korso fait le point sur l’influence toute relative du mouvement salafiste sur l’Association des Ulamas musulmans d’Algérie. Une place significative est également accordée à la politique du général de Gaulle en Algérie. Par ailleurs, on notera les analyses claires et fortes notamment de D. Rivet sur l’Hygiénisme pasteurien et l’exclusion des pauvres de la ville coloniale : exemple du Maroc de 1930 à 1945, de B. Stora sur les Censures pendant la “non guerre” d’Algérie dans le cinéma français, qui permet au lecteur — initié ou non — de comprendre les fondements de la politique coloniale française. On regrette toutefois le nombre réduit d’études consacrées aux relations entre la France et le Maghreb des indépendances. Les auteurs des contributions rassemblées dans les Mélanges Charles-Robert Ageron entendent, à travers l’analyse d’un large spectre de faits historiques, rendre hommage à l’engagement du professeur C. R. Ageron en faveur de la parole honnête, du mot juste et transparent. De fait, l’admiration que l’ensemble des historiens portent à M. Ageron — amis ou disciples — n’est pas usurpée.