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And Patrick Habis

Mauvais garçons (2 tomes)

Christophe Dabitch, Benjamin Flao, Mauvais garçons (2 tomes), Ed. Futuroplis, 2009,124 p.

Cette bande dessinée commence dans le petit village d’Utrera en Andalousie. Un jeune Andalou, travailleur immigré rentré de France, torée son chien appelé « Napoléon », sous l’oeil d’un Gitan dubitatif qui finit par lâcher : « Comme si on pouvait comprendre quelque chose dans cette vie de malheur ». Et quelques pages plus loin, à la terrasse d’un bar, un vieux dit à la tablée voisine où glandent deux jeunes : « Je sais mes petits, vous apprenez votre rôle d’Andalou, superbes et inutiles ! le monde nous envie, c’est sûr ! ».

Cet album résume à sa façon l’histoire du flamenco, de ceux et celles qui le chantent, le dansent, le jouent. Pour les auteurs, le flamenco, c’est l’expression à fleur de peau de la pauvreté, de la douleur, de l’injustice sociale. « C’est la fièvre électrique qui embrase tous les artistes, jeunes et vieux, qui le vivent, mais n’en vivent pas ». Si Manuel, le Franco-espagnol danse, Benito le Gitan chante. Les Gitans d’Espagne ont une posture très héroïque, l’honneur, la virilité, la théâtralité de leurs sentiments, leurs costards, leurs bijoux. Avec les Andalous gadjés (non Gitans), ils partagent la même susceptibilité et le peu d’humour, contrairement à leurs cousins roms de l’Europe de l’Est et du Sud-Est. D’ailleurs Manuel, au détour d’une ruelle d’Utrera, lance à Benito : « Tu me fatigues avec ta morale de gitans. »

Cette histoire est née des nombreux voyages de Christophe Dabitch dans la région de Séville en général et à Utrera en particulier. Manuel existe bien, c’est un chorégraphe qui fait des recherches en musicologie sur le flamenco. C’est ainsi que, via Manuel, l’auteur a rencontré Bénito, chanteur et personne hors norme. Bref, un récit de voyage et de rencontres raconté sous forme de dessins couleur sépia, mais paradoxalement avec intensité, tragédie, mais aussi avec beaucoup d’humour. Tous les chiens ne se prennent pas pour un toro, dommage, ça pourrait être plus simple et moins dangereux. Qui n’a jamais toréé des chiens errants dans la banlieue de Sofia !