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Manolis de Vourla / Faute de parler

Allain Glykos, Manolis de Vourla / Faute de parler, Ed. L’Escampette, Chauvigny, 2005, 100 pages, 13 €

Allain Glykos est un gréco-français de la deuxième génération. Il enseigne la philosophie à l’Université de Bordeaux et participe au mouvement associatif philhellène. Depuis de nombreuses années, l’auteur n’a de cesse de retrouver ses racines. C’est une course qui n’est pas seulement philosophique ou littéraire. C’est une course familiale  : retrouver les tantes, les oncles, les cousins ; une course géographique : retrouver les villes et villages où les siens ont vécu ou vivent encore ; une course linguistique  : retrouver sa « langue paternelle  » et une course cinématographique avec le tournage d’un film documentaire de 52 minutes : « Manolis, un voyage dans le siècle ». L’oeuvre d’Allain Glykos, qui prend l’allure d’une saga, aborde les problèmes d’émigration, d’exil et d’intégration à travers l’histoire ballottée de sa propre famille en général et de son père, Manolis Glykos, en particulier. Il s’agit de l’épopée tragique des Grecs d’Asie Mineure. Installés dans cette région depuis l’Antiquité. Ils se sont fondus dans l’Empire ottoman sans problème, devenant l’un des éléments moteurs de l’enrichissement de l’Empire avec les autres minorités arménienne et juive. Mais, ils seront les victimes du nationalisme pan-turc puis kémaliste. Manolis Glykos est né en 1915 à Vourla en Asie Mineure. En 1922, il est chassé d’Anatolie par les troupes kémalistes comme des centaines de milliers de Grecs. Il débarque en Crète, dans le petit village de Vori. En 1929, il rejoint Athènes puis s’embarque pour la France, où il finit son trajet à Bordeaux. Huit ans plus tard, il se marie avec une Française. En 1948, le petit Allain voit le jour. Mais chez ces émigrés, il faut s’intégrer coûte que coûte, abandonner sa langue et ses coutumes. C’est ainsi que la deuxième génération se retrouve complètement perdue. Manolis finit par retourner en Crète en 1974 après la chute des colonels. L’auteur suivra plus tard, découvrant le pays de ses ancêtres. Mais il manque la matrice historique : Vourla, aujourd’hui en Turquie, où les traces grecques ont complètement disparu. Père et fils s’y rendront ensemble en 1998, dans un émouvant retour aux sources, de l’Aquitaine à l’Asie Mineure. Quant à Faute de parler, il s’agit de la suite de cette saga, mais totalement romancé. C’est l’histoire d’une famille entre la France, la Grèce, la Russie… Une histoire de secret de famille.