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And Patrick Habis

Maghreb & Mondializzazione. Sfide Aperte Su Percorsi Incrociati.

Loredana Ricci, Maghreb & Mondializzazione. Sfide Aperte Su Percorsi Incrociati., Prefazione di Gianluigi Rossi. Napoli, Istituto Italiano per gli Studi Filosofici, 2007. 350 p.

Dans l’un de ses derniers textes, Clifford Geertz diagnostiquait l’avènement d’un « monde en morceaux maintenant et pour longtemps ». A défaut de prétendre en recoller les « morceaux », Loredana Ricci tente d’en saisir les expressions et implications à l’échelle du Maghreb. Elle analyse les contradictions et tensions inhérentes à l’insertion des sociétés maghrébines dans la mondialisation. Les déjà vieilles questions de la modernité, du développement et de l’identité s’y posent sous un jour nouveau, caractérisé tout à la fois par des proximités accrues et la réactualisation de clivages anciens.

Les rapports entre « Maghreb et mondialisation » y sont envisagés à partir de trois entrées : la jeunesse, vecteur social d’attentes et de frustrations ; la domination et les limites de la rationalité économique néolibérale ; l’essor et l’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Cette approche macroscopique couvre un très large spectre des nouvelles formes de vie et de leurs enjeux. Elle est qualifiable de « culturelle » au sens où elle met l’accent sur les significations et la construction des identités et envisage la modernité comme une construction endogène « où l’esprit critique assume un rôle dominant et modèle les espaces multiples de création ».

L’auteure s’appuie une connaissance minutieuse et approfondie d’une abondante bibliographie principalement de langue française. A tel point que le lecteur non italianisant accède de plain-pied à son ouvrage, de langue et de facture italiennes mais empreint d’une touche française. Trop française ? D’autres seraient mieux placés pour en juger. Observons seulement que l’étude aurait pu se montrer davantage critique, ne serait-ce qu’en réservant une plus large place à d’autres travaux susceptibles de contraster l’éclairage. Ainsi, par exemple, l’ouvrage de Clement M. Henry et de Robert Springborg offrait matière à débat sur la mondialisation et le développement à partir d’une échelle d’analyse incluant le Maghreb, dans l’ensemble plus large du « Moyen-Orient ».

L. Ricci a délibérément opté pour une « vision d’ensemble » du Maghreb, de la Mauritanie à la Libye. Elle convient que « la réalité maghrébine n’est pas une » mais estime nécessaire une grille de compréhension d’aspirations et de transformations « communes à tout le Maghreb ». Toute la difficulté tient à ce que les modes d’insertion des différents pays du Maghreb dans la mondialisation ne sont pas identiques mais comparables. L’état et le niveau différenciés de leurs relations avec l’Union européenne en témoignent. L’auteure ne manque certes pas d’introduire des nuances mais elle s’abstient d’un comparatisme systématique à même de les agencer. En tout état de cause, un travail d’une telle visée aurait gagné à comporter une « conclusion » mettant en perspective les précieux enseignements tirés de chacune des trois « entrées » de son long parcours.

A lire cet essai très suggestif, il est plus que jamais permis de s’interroger sur la pertinence d’une transposition à la mondialisation capitaliste de la notion de « destruction créatrice » avancée en son temps par Schumpeter. « Un monde en morceaux maintenant et pour longtemps » ?