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Les syndicats, acteurs importants des révolutions arabes

Christophe Chiclet: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée
10 mars 2011
Avec les révoltes arabes pour la démocratie, les syndicats refont surface, d’autant que les mouvements révolutionnaires en cours n’ont pas seulement des raisons politiques : ils sont aussi déterminés par une dynamique économique insuffisamment créatrice d’emplois, et par des attentes sociales fortes. Des pays riches par les hydrocarbures, le gaz et le tourisme n’ont pas su redistribuer les richesses à la population, d’autant que les dictatures civilo-militaro-policières, complètement corrompues, sont devenues compradores.

Les employés du tourisme, secteur clé de l’économie égyptienne, manifestaient dès le 14 février au matin, au pied des pyramides, demandant des augmentations de salaires. Les grèves, entamées avant la chute d’Hosni Moubarak, continuent et même se multiplient dans tout le pays depuis, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Salaires, mais aussi conditions de travail et droits syndicaux sont au centre de ces mouvements sociaux. Dès le 13 février, les grèves touchaient le port d’Alexandrie et les employés de banque du Caire. Le lendemain, le Conseil suprême des forces armées, le nouveau pouvoir militaire, publiait un décret interdisant les réunions syndicales. C’est oublier que Moubarak est tombé suite à l’appel à la grève générale lancée le 30 janvier par la toute nouvelle organisation syndicale indépendante, formée le jour même sur la place Tahrir. Le 31, les partis d’opposition relaient l’appel de ce nouveau syndicat, reconnu le jour même par la Confédération syndicale internationale (CIS), issue de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres). Ce nouveau syndicat égyptien est en train de mettre en place des Comités d’entreprises.

En Tunisie, l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) a soutenu la lutte pour l’indépendance. En 1975 Habib Bourghiba devient président à vie. Trois ans plus tard, l’UGTT lance une grève générale, durement réprimée. En 1983, Bourghiba gèle les salaires. Un an plus tard, des émeutes de la faim secouent le sud du pays. L’armée et la police tirent dans le tas. En 1985, les dirigeants de l’UGTT sont embastillés, dont l’un des ses fondateurs historiques, Habib Achour. Depuis la chute de Ben Ali, des grèves ont éclaté, soit à l’appel des structures de l’UGTT, soit de façon spontanée. L’UGTT a appelé le gouvernement de transition à engager rapidement des négociations, « car la situation sociale est explosive », d’où le départ massif des travailleurs tunisiens vers l’Italie pour des raisons économiques, comme ce fut le cas avec les Albanais en 1991-92. L’UGTT exige aussi que les nouveaux gouverneurs de région, nommés par le gouvernement de transition, ne soient ni des membres du RCD (le parti de Ben Ali), ni des personnes impliquées dans les affaires de détournements de fond public et d’autre types de corruption.

Au Yémen, depuis le début des émeutes, un syndicat libre des étudiants yéménites a été fondé à Aden et à Sanaa. Au Soudan, la situation est pire.

Le mouvement syndical soudanais, très important dans les années 50-60, a été décapité. Depuis l’arrivée au pouvoir les islamistes à Khartoum, les cadres de la FSTS (Fédération des syndicats des travailleurs soudanais) ont été torturés à mort. Fin janvier, une manifestation de communistes soudanais demandait au pouvoir de redonner la liberté à la FSTS complètement prise en main par le pouvoir.Le très fort syndicat jordanien commence aussi à bouger.

La GFJTU (Fédération générale des syndicats jordaniens), très influente dans les ports ainsi que dans les transports et le textile, demande au Roi de donner l’autorisation aux ouvriers palestiniens, égyptiens, irakiens, philippins et indonésiens d’avoir le droit de s’affilier aux syndicats jordaniens. Depuis fin 2010 la GFJTU vient de fonder un nouveau syndicat dans le port d’Akaba pour soutenir 850 dockers. Les bases du syndicat avaient été mises en place clandestinement dès 2005. Pour Mohammed Al Masbiin, coordinateur du syndicat des dockers jordaniens : « Créer un syndicat était la seule manière de combattre la privatisation et la cupidité de la direction, d’autant que la réglementation locale est défavorable aux travailleurs ». Son syndicat a pu signer deux conventions collectives.

Pour ce qui est de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens), elle a toujours été assez proche du pouvoir !