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And Patrick Habis

Les femmes dans l’ombre du jour, histoires d’une famille entre l’Algérie et la France

Noria Boukhobza, L’Hydre éditions, 2002

Noria Boukhobza est ethnologue, née en Auvergne dans une famille algérienne immigrée. Elle occupe une position particulière, à la fois privilégiée et délicate  ; elle est « fille du dehors » et elle appartient à ces familles qu’elle observe, analyse pour comprendre et faire comprendre les mécanismes de la transmission dans l’exil, « dégager aussi bien la cohérence que les impasses » d’une culture qui cherche à se perpétuer. C’est ainsi qu’elle a pris le parti d’une sorte de fiction ethnologique, en racontant une famille (qui ressemble à la sienne et à bien d’autres, en France) venue s’établir en Auvergne, près des usines Michelin dans les années 50-60. Le lecteur suit aisément l’histoire de chacun des membres de la famille à travers le « destin » des filles et fils. La mère, chef de la maison, va s’employer quotidiennement à développer des stratégies matrimoniales subtiles, pour tenter, à travers de multiples rites perpétués en terre étrangère, de privilégier « le mariage préférentiel et endogame », d’où les allers-retours permanents entre la France et l’Algérie pour le cousin, la cousine… Les cinq filles recevront une éducation traditionnelle sans faille « éduquer une fille, c’est comme mâcher du fer » après le fils préféré, l’aîné, il y aura : Sakina, « la gardienne des secrets de sa mère » ; Worda, « la cuisinière du père » ; Nalissa, « la fille du dehors » (peut-être l’auteur de ce livre) ; Zoulika, « la têtue » ; Malika, « la fille de son père ». Assurer la virginité des filles, encourager la virilité des fils, garder les uns et les autres liés à la « Maison-mère », la mère a tout tenté, mais ses filles n’ont pas satisfait ses désirs de mariage selon la coutume, elles n’ont pas choisi les conjoints dans le groupe d’origine (même si l’un des maris s’est converti à l’islam) ; le seul triomphe de la mère : elle a marié l’un de ses fils avec une cousine d’Algérie. Le mariage, pierre angulaire du pouvoir des mères dans la maison, la famille, commence à échapper à ces mères en exil, dont les enfants naissent en France et adoptent les codes de conduite et de vie de « l’Occident », mais cela ne conduit pas à une rupture radicale, le lien familial reste encore très fort.