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Les élections législatives de 2012 en Aglérie

Paul Balta: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée
24 mai 2012
Pour la première fois depuis 20 ans, dans l’histoire de l’Algérie indépendante, les élections législatives du 10 mai 2012 se sont déroulées dans dans des conditions correctes, reconnues par plusieurs partis politiques. L’Algérie a invité environ 500 observateurs étrangers pour superviser le scrutin, dont 200 de l’Union africaine (UA), 150 de l’Union européenne (UE), 132 de la Ligue arabe (AL), 20 de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), 10 de l’ONU, 9 de l’Organisation non gouvernementale National démocratic institute (NDI), et 2 indépendants.

Ban Kimoun, Secrétaire général de l’ONU a déclaré :« Je félicite le peuple et le gouvernement algériens pour le déroulement pacifique de l’élection, le 10 mai, de l’Assemblée populaire nationale et salue la représentation accrue des femmes au sein de la nouvelle Assemblée ».

José Ignacio Salafranca, chef de la délégation des observateurs de l’UE en Algérie, a déclaré : « Les élections législatives se sont déroulées dans des conditions généralement satisfaisantes sauf des petits incidents très limités », « Entre 85 et 90% des rapports des observateurs de l’UE sont satisfaisants », « aucune tentative de fraude n’a été enregistrée. »Joaquim Alberto Chissano, ancien président du Mozambique et président de la mission de l’UA, a validé les résultats et déclaré : « le scrutin était libre, transparent et régulier ». L’AL, l’OCI et le NDI vont dans le même sens. Bernard Valero, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, précise dans un communiqué : « Nous- nous félicitons que les opérations de vote pour les élections législatives en Algérie se soient globalement déroulées dans le calme et sans incident majeur. » Il n’en demeure pas moins que plusieurs partis ont catégoriquement dénoncé des fraudes.

Le taux de participation a aussi surpris. Selon les résultats définitifs proclamés le 17 mai par le Conseil constitutionnel : 43,14% en Algérie (les 14% de la communauté à l’étranger non inclus) au lieu des 42,36% annoncés par le ministère de l’Intérieur. C’est nettement plus que les 37% des législatives de 2007. Néanmoins, 56% des électeurs n’ont pas jugé utile d’aller voter ! Ce sont les moins de 40 ans qui ont boudé les urnes.

L’abstention a été forte avec un taux de 57,1%, mais moindre de 8 points que celle de 2007. Selon les résultats officiels proclamés par le Conseil constitutionnel, sur 21 645 841 inscrits, il y a eu 9 339 026 votants et 1 704 047 bulletins nuls.

Abelaziz Bouteflika a contribué a faire voter plus de jeunes. Dans un discours qu’il à prononcé à Sétif, le 8 mai, pour évoquer le massacre, par les forces françaises, de milliers d’Algériens le 8 mai 1945, le Président a notamment déclaré : « 50 ans plus tard, leur rôle (les membres de la famille révolutionnaire) est terminé dans la gestion des affaires du pays. » Puis « Ma génération est arrivée à terme », une manière d’annoncer qu’il ne briguera pas un 4ème mandat en 2014. Et de conclure :« Le pays est désormais entre vos mains les jeunes, prenez en soin. » Mohamed-Tahar Dilmi, ancien dirigeant de l’UGTA, Union générale des travailleurs algériens, a déclaré : « Le dernier discours du président est un discours testament qui a eu un grand effet, notamment sur les jeunes ».

Autre fait important : l’arrivée en masse des femmes qui totalisent 145 sièges sur 462, près de 30% alors qu’elles n’en avaient que 31 sur 389 dans la précédente Assemblée. Signalons que ce taux de plus de 30% est supérieur au taux moyen des pays de l’Union européenne.

Il n’est pas superflu de souligner que dans cette Assemblée de 462 élus, 424 sont nouveaux, soit 92%, que 57,14% ont moins de 50 ans et que 76,75% sont des universitaires et des postgradués.

La nouvelle APN, Assemblée populaire nationale, ou Chambre basse du Parlement comprend 28 partis politiques. L’alliance présidentielle formée du FLN, Front de libération nationale (créé en 1954 et au pouvoir depuis 1962) dont le Secrétaire général est Abdelaziz Belkhadem, et du RND, Rassemblement national démocratique (parti du Premier ministre Ahmed Ouyahyia, créé en 1997) conserve la majorité absolue avec 291 sièges sur les 462 de la nouvelle Chambre basse. Le FLN avec 221 députés dont 67 femmes est 1er et le RND 70 dont 24 femmes, est 2ème. Toutefois, le 24 mai, le Conseil constitutionnel, après examen des recours relatifs aux résultats, a réduit à 208 les sièges du FLN.

Alors que de nombreux observateurs redoutaient une victoire des islamistes, leurs cinq partis ne totalisent que 59 députés. L’AAV, l’Alliance verte des islamistes, réunit 3 partis (MSP, Mouvement de la société pour la paix (créé en 1990) présidé par Abou Djerra Soltani, En Nahda (Mouvement de la Renaissance Islamique, créé en 1989), El Islah (La Réforme) dont le Secrétaire général est Hamlaoui Akouchi). Elle n’est que 3ème avec 47 sièges, dont 15 femmes alors qu’il espérait en obtenir 120. Un recul par rapport à 2007 où le MSP disposait à lui seul de 52 sièges ! Le Conseil constitutionnel a aussi augmenté le nombre de sièges de cinq partis dont l’AAV, qui passe de 47 à 50. L’AAV a été dénoncée par Abdallah Djaballah, chef du FJD, Front de la justice et du développement, 4ème parti islamiste, arrivé en 8ème position avec 7 sièges et qui en obtient 1 de plus, soit 8. Le 5ème, le Front du changement de Abdelmadjid Menasra, arrive lui en 11ème position avec 5 élus. Le MSP voulait porter plainte pour fraude auprès du Conseil constitutionnel. Pour cela, il faut apporter des preuves et il a reconnu qu’il n’en avait pas. Le MSP qui faisait partie du précédent gouvernement a annoncé qu’il refuse de participer au prochain.

Cet effondrement s’explique par la décennie noire, 1991-2002, celle des « années de sang. » Le GIA, Groupe islamique armé puis le FIS, Front islamique du salut, avaient fait quelque 150 000 morts. Traumatisée, la population ne voulait plus voter pour ces partis. La 4ème place est occupée, avec 21 sièges dont 7 femmes, par le FFS, Front des forces socialistes, créé en 1963, par Hocine Aït Ahmed. Bien implanté en Kabylie, il avait boycotté les législatives de 2007. Le Conseil constitutionnel lui en accorde 6 de plus soit 27 au total. Le parti des Indépendants, conduit par Ammar Kechoud, docteur en pharmacie, est 5ème avec 19 élus dont 5 femmes. Il se place devant le PT, Parti des Travailleurs,6ème. Il a été créé en 1990, par la grande militante Louisa Hanoune (née en 1954) qui a été la première femme à être candidate à une présidentielle, en 2004. Elle a obtenu 20 sièges, réduits à 17 dont 9 femmes, par le Conseil constitutionnel (contre 26 en 2007). Comme il faut 20 sièges pour constituer un groupe à l’APN, elle ne pourra donc pas. Elle a fait une rude déclaration pour dénoncer « la fraude massive n’ayant jamais atteint un tel degré. » Sa plainte ayant été prise en considération, elle récupère 7 sièges soit 24 au total. Comme il faut 20 sièges pour constituer un groupe à l’APN, elle pourra donc le faire. Le FNA, Front national algérien, dirigé par Moussa Touati, est 7ème avec 9 sièges dont 1/3 de femmes. Le MPA, Mouvement Populaire Algérien de tendance démocrate, dirigé par Amara Benyounes, est 9ème avec 6 élus dont 2 femmes. Il passe à 7 élus. Le PFJ, Parti El-Fedjr El-Jadid (Nouvelle Aube), présidé par Tahar Benbaibeche qui veut « Bâtir un État de droit et de justice », est 10ème avec 5 élus dont 1 femme. Il a exprimé sa déception.

Le 11ème est le PNSD, Parti national pour la solidarité et le développement, fondé en 1989 et refondé en 1998, est de tendance centriste sociale démocrate. Il a 4 sièges dont 1 pour une femme. Le FC, Front du changement, présidé par Abdelmadjid Menasra, est 12ème avec 4 députés dont 1 femme. Présidé par Ali Fewzi Rebaïne, Ahd 54, fondé en juin 1991 est 13ème avec 3 députés dont 1 femme. L‘ANR, Alliance nationale républicaine, créée le 5 mai 1995 et présidé par l’ex-premier ministre Redha Malek, est 14ème avec 3 députés dont 1 femme. Le FNJS, Front national pour la justice sociale, nouveau parti présidé par Khaled Bounedjma, favorable à Bouteflika, obtient 3 sièges et se place en 15ème position. L’UFDS-El Ittihad, Union des Forces démocratiques et sociales, fondé en février 2012, est 16ème avec 3 députés dont 2 femmes. Son secrétaire général, Noureddine Bahbouh, Ancien ministre de l’Agriculture, milite pour « la solidarité nationale, les libertés et la démocratie ». Le RA, Rassemblement algérien, présidé par Ali Zaghdoud, militant pour la jeunesse, est 17ème avec 4 députés dont 1 femme. Le RPR, Rassemblement patriotique républicain, présidé par Abdelkader Merbah, qui a appelé à « voter en masse pour garantir le changement » est 18ème avec 2 élus. Le MNE, Mouvement national de l’Espérance, présidé par Mohamed Hadef qui réclame « Un changement politique à travers une pratique démocratique réelle », est 19ème avec 2 sièges. Le FM, Front El Moustakbel, nouveau parti, présidé par Abdelaziz Belaid, ancien chef de l’UNJA, Union nationale de la jeunesse algérienne et deux fois députés du FLN, militant pour « le changement et les réformes » est 20ème avec 2 élus.

Le Parti El Karama, présidé par Mohammed Benhamou, hostile à Bouteflika, veut « donner le flambeau aux jeunes et à la femme. »Il est 21ème avec 2 élus. Le MCL, Mouvement des citoyens libres, présidé par Boudina Mustapha, qui veut « Faire respecter les règles de la démocratie », est 22ème avec 2 sièges. Hamana Boucherma, coordinateur général du PJ, Parti des jeunes, a promis « d’arriver à un changement pacifique à travers les urnes pour répondra aux aspirations des jeunes ». Il est 23ème avec 2 siège. Badreddine Belbaz Secrétaire général du PED, Parti Ennour El Djazaïri, a déclaré que « les portes de son parti seront « ouvertes aux cadres algériens exclus et marginalisés ». Il est 24ème avec 2 sièges. Le PRA, Parti du renouveau algérien, présidé par Youcef Bouabboune, est 25ème avec 1 siège. Le FND,Front national démocratique est 26ème avec 1 élu. Le FNIC, Front national des indépendants pour la concorde, créé en 1991, est dirigé par Yacine Loukal. Son programme économique est basé sur « la création de nouvelles richesses et la relance de l’Agriculture par la création de micro entreprise qui répondent aux spécificités des régions pour promouvoir la production agricoles nationaliste ». Il est 27ème avec 1 élu. Le ME, Mouvement El-Infitah, présidée par Omar Bouacha qui appelle les jeunes à « libérer le pays de la corruption et de la mauvaise gestion », est 28ème avec 1 élu.

Larbi Ould Khelifa,74 ans, doyen des élus, membre du FLN,et seul candidat à la présidence de l’APN,a été élu, le 26 mai 2012, à main levée avec le concours du FLN et du RND, pour son mandat de cinq ans. Originaire de Bejaïa (Kabylie), il devient le 3è personnage de l’État, après le Président de la République et du Conseil de la Nation (Sénat). Il devient le 7ème président de l’APN.