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And Patrick Habis

Les deux Jean, Jean Sénac, l’homme soleil, Jean Pélégri, l’homme caillou

Dominique Le Boucher, Chèvre-feuille étoilé, Montpellier 2002, Barzakh, Alger 2002, 94 p.

Dominique Le Boucher, après sa belle étude originale et profonde, Jean Pélégri l’Algérien ou le scribe du caillou (publiée aux éditions Marsa, 2000), publie un échange de lettres et de poèmes entre deux écrivains français, nés en Algérie, amoureux de leur pays natal, des Algériens, qui se revendiquent tels, l’un et l’autre (1962-1973). On peut lire, en même temps que les textes imprimés, les manuscrits sur papier à lettre, cartes postales, papier de fortune dactylographié maladroitement. Le parti pris rend plus proche, plus charnelle, l’amitié des deux Jean profondément attachés à la terre algérienne, aux Algériens, pleins de ferveur et d’espoir dans une Algérie libre. Sénac écrit « ce que j’ai vu en arrivant dans ma patrie ce sont les yeux. La Révolution a donné un regard à ce peuple ». Pélégri, avec son magnifique roman Le Maboul, donne une voix à ce peuple qui est le sien. En 1962, Pélégri écrit à Sénac : « Vous nous avez rendu quelques mots habitables. Nous en ferons notre demeure ». Mais avant l’Algérie libre, c’est la violence. Sénac, le 15 mars 1962, écrit à Pélégri : « À la radio, l’ignoble nouvelle : ils ont assassiné notre frère Feraoun ! Cet homme était juste, un mainteneur de liens. Comme nous nous sentons impuissants et démunis ! » En 1963, Pélégri écrit à son ami « J’ai besoin aussi de revoir l’Algérie… C’est l’Algérie qui m’a fait – et qui me fera ». Jean Sénac qui s’est battu pour une Algérie heureuse est assassiné à Alger le 30 août 1973. Par testament, Jean Sénac Yahia El Wahrani avait demandé à être enterré dans un cimetière musulman. Son voeu n’a pas été exaucé. Jean de Maisonseul parlait dans une lettre à Jean Pélégri d’une plaque de terre cuite pour la tombe de Jean Sénac, exécutée par le peintre Denis Martinez. Il faudrait demander à Martinez si la plaque existe, ou à Jean Pélégri.