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And Patrick Habis

Les chevaux

Serge Airoldi, Les chevaux, Lyon, La fosse aux ours, 2004, 73 pages, 11 €

Serge Airoldi n’est pas simplement un grand journaliste qui a signé d’excellents articles dans les pages culturelles de Sud-Ouest Dimanche, c’est aussi une fine plume et un excellent conteur. A lui seul, il cristallise les rivages du nord de la Méditerranée : Italie, France, Espagne. Son grand-père est originaire de Grado dans le Frioul, cette région peu connue d’Italie qui jouxte les mondes germaniques et slaves. Comme des milliers d’Italiens avant et pendant la période de Mussolini, il est venu s’installer en France. On pense souvent que ces « ritals » ont fait souche dans le Sud-Est de la France. Ce n’est qu’en partie vrai. Beaucoup sont partis dans les Vosges et en Lorraine. Mais beaucoup d’autres ont rejoint le Sud-Ouest, comme ouvriers agricoles. Ces Italiens se sont mêlés aux Gascons et aux Espagnols. Il n’y a pas un village de l’Entre-deux-Mers ou des Landes sans descendant de ces émigrés italiens.

Serge Airoldi en est le digne représentant. Journaliste français, c’est aussi un passionné de tauromachie, donc d’hispanité, bref, une sorte de distillation subtile à base d’Istrie, de Landes et d’Andalousie.

Ce livre n’est ni un roman, ni un recueil de poésies. C’est un mélange des deux genres, une sorte de balade intimiste entre la vie de son grand-père, ses voyages de grand reporter et des souvenirs historiques de guerre. Serge Airoldi promène sa curiosité féline à Trieste, dans le Frioul, à Venise, en Macédoine yougoslave, à Salonique et Istanbul, à Madrid et dans la Manche et plus loin dans ses rêves.

Ses références aux guerres, sans qu’il ne dévoile ses sources, doivent provenir des histoires racontées par son grandpère. Tous les grands-pères racontent des histoires de soldats perdus, ballottés au gré des guerres. Dans son livre, qui ressemble un peu aux BD de Tardi, avec la poésie en plus, nous croisons un déserteur français de 1917 qui dût se réfugier en Espagne, avant d’en être chassé par les franquistes en 1936, pour n’être gracié par l’Etat français qu’en 1966. Mais il y a aussi les soldats italiens et autrichiens qui se sont entretués sur le front du Fioul en 1915-1916, des soldats italiens envoyés sur le front russe par Mussolini en 1941-43, des Cosaques pro- Allemands perdus dans le nord de l’Italie.

Quant au titre, Les chevaux, il ne s’agit pas d’un traité d’équitation. C’est une référence à son grand-père et à son lourd cheval noir.