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And Patrick Habis

Les Chrétiens dans la résistance palestinienne

Robert Bistolfi: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée.
16 février 2010
À Bethléem, le 11 décembre 2009, une prise de position forte de théologiens palestiniens a été rendue publique1 : rares ont été les médias à en rendre compte. Ce texte a été signé par seize dignitaires chrétiens représentants différentes Églises, et le premier des signataires est le Patriarche catholique Michel Sabbah.

Ce texte est important à plusieurs titres, et d’abord parce qu’il est d’une netteté inhabituelle pour un texte religieux. Certes, ses signataires affirment se situer sur le seul terrain des valeurs chrétiennes et récusent toute accusation de glissement vers la pure politique. Mais les exigences éthiques qu’ils posent ne peuvent pas ne pas avoir de portée politique. N’est-ce pas admis explicitement lorsqu’il est demandé à « toutes les Églises et tous les chrétiens du monde (…) de se lever contre l’injustice et l’apartheid » ? Lorsque sont dénoncées « les théologies qui servent de justification aux crimes perpétrés contre notre peuple et à l’expropriation de notre terre » ? Lorsqu’il est dit « de façon claire que la résistance non-violente à cette injustice est un droit et un devoir pour tous les Palestiniens, y compris les chrétiens » ?

La netteté - presque la violence - des interpellations est à la hauteur du désespoir palestinien : si la prise de position qui intervient se veut acte d’espérance, elle dénonce une démission généralisée face à l’injustice et elle exige de tous un sursaut et des actions.

La communauté internationale est pointée du doigt : le « processus de paix » n’a été « jusqu’à présent que pures paroles » alors qu’« Israël tourne en dérision le droit international et les résolutions internationales ». Il est demandé à cette communauté internationale qui pratique le « deux poids deux mesures » « de commencer à appliquer le système des sanctions économiques et du boycott ».

La responsabilité de l’impasse actuelle est imputée prioritairement aux Israéliens qui présentent « une vision renversée des choses » lorsqu’ils justifient leur politique répressive comme une légitime défense alors que c’est l’occupation qui légitime la résistance palestinienne. Rien n’est voilé dans la description de l’inacceptable : les colonies, le mur de séparation, Gaza, les réfugiés, les prisonniers, Jérusalem vidé de sa population arabe, les politique discriminatoire à l’égard des Palestiniens d’Israël… Pour ce qui est des moyens de cette résistance, la tiédeur n’est pas de mise. Avec « la résistance à la guerre par la guerre, à la violence par la violence, le peuple palestinien a tout simplement pris la route de tous les peuples, surtout dans les premières phases de sa lutte ». Aujourd’hui, alors que le refus de l’inacceptable demeure plus que jamais nécessaire, le recours à la résistance civile peut offrir une voie d’action efficace : l’appel « en faveur d’un boycott économique et commercial de tout produit de l’occupation » s’inscrit dans le droit fil de cette position de principe. De même pour le « retrait des investissements ».

Les divisions entre Palestiniens sont déplorées : « que font ses chefs politiques ? ». Ces divisions et la coupure d’avec Gaza n’ont fait qu’aggraver la tragédie, mais la responsabilité de la situation n’est pas que palestinienne : elle pèse pour beaucoup sur la communauté internationale qui a refusé d’accueillir positivement « les résultats des élections menées démocratiquement et légalement en 2006 ». Il est demandé aux Palestiniens de ne pas désespérer et, d’abord de ne pas émigrer, l’appel s’adressant en particulier aux chrétiens. Les partis palestiniens doivent surmonter leurs divisions : en clair, n’est il pas nécessaire de rouvrir le dialogue avec le Hamas ?

Les Églises, elles non plus, ne sont pas épargnées : « Peut-être que nous nous sommes tus, nous, fidèles ou chefs d’Églises, alors qu’il fallait élever la voix pour condamner ». Ce qui est largement inédit, c’est la dénonciation de positions théologiques fondamentalistes qui donnent une couverture théologique abusive à l’occupation. Est sans doute visée la mouvance protestante dont le sionisme se fonde sur une certaine lecture biaisée des textes testamentaires. Au-delà, implicitement, peut-on lire le regret qu’une partie du rabbinat légitime tous les moyens de défense et d’extension d’Israël dans l’indifférence aux souffrances palestiniennes ?

Dans la déclaration des dignitaires chrétiens, une dernière prise de position est importante : c’est l’affirmation que « le caractère religieux de l’État, qu’il soit juif ou musulman, étouffe l’État, le tient prisonnier dans des limites étroites, en fait un État qui préfère un citoyen à l’autre et pratique l’exclusion et la discrimination entre ses citoyens ». Dans un monde où la montée du religieux replie les communautés sur elles-mêmes au détriment de la rencontre politique et des affrontements démocratiques, cette profession de foi que l’on peut qualifier de laïque – et dont on peut croire qu’elle vaut aussi pour les pays chrétiens - est promesse d’avenir.