Suivez nous!

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

Les Algériens au café

Textes rassemblés par Leïla Sebbar et dessins de Sébastien Pignon, Al Manar, 2003, 93 pages, 18.

Les Algériens au café est un bel objet : le livre, composé sur papier ivoire, rassemble huit nouvelles originales d’écrivains algériens (Azouz Begag, Jamel-Eddine Bencheikh, Albert Bensoussan, Maïssa Bey, Vincent Colonna, Mohamed Kacimi, Nourredine Saadi et Leïla Sebbar) et des dessins à l’encre de Sébastien Pignon. Tous les récits, qu’ils soient autobiographiques ou de fiction, se situent autour du café, endroit à la fois familier et mythique, lieu de rassemblement irremplaçable des hommes d’Afrique du Nord. En quelques pages, les auteurs esquissent un moment particulier et cependant toujours répété, car le café est le lieu de la routine, de l’habitude mais aussi du fantasme pour ceux qui ne peuvent y entrer. La petite fille de l’histoire de Vincent Colonna s’imagine pénétrant dans le café, Maïssa Bey crut longtemps que le café maure était un « café mort », qu’ainsi le lieu de rendezvous des hommes correspondait au cimetière, lieu de rencontre des femmes. Dans le café, tout se sait et tout se colporte, avec cet humour pince sans rire typique, familier, transporté avec soi partout, même et surtout dans la misère. Car il y a le café en Algérie, où les hommes voient revenir ceux qui vivent « labachinou » dans l’Isère, avec leur pauvre arrogance comme le raconte Mohamed Kacimi, et puis il y a aussi le café en France, qui devient la maison des Algériens de la première génération, le café qui est pour eux ce qui reste du pays natal. Les huit écritures sont différentes et pourtant réitèrent un ensemble de mouvements immémoriaux, comme le geste de poser les dominos ou de boire lentement un café. De même les dessins croquent, de quelques traits à l’encre de Chine, les attitudes, les posture qui semblent avoir été prises sur le vif. Ils n’illustrent pas précisément les nouvelles mais en forment un contrepoint émouvant, ils saisissent ces hommes, vieux pour la plupart, intemporels et retrouvant où qu’ils soient, chez eux, en Algérie ou en France, les mêmes habitudes et la même solitude, le même bruit et le même silence.