À l'iReMMO

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

Le veilleur de Matera

Serge Airoldi, Le veilleur de Matera, Ed. La fosse aux ours, Lyon, 2006, 90 pages, 13 €.

D’origine italienne, Serge Airoldi est aujourd’hui chef du bureau dacquois du grand quotidien régional Sud-Ouest. Mais c’est aussi un excellent nouvelliste qui a déjà publié Les chevaux, dont nous avions rendu compte. L’auteur est un passionné de voyages, de Méditerranée, de toros braves et de rugby et de bons mets. Matera est une petite ville de l’Italie méridionale, en Basilicate, connue pour ses églises troglodytiques. Spectateur d’une errance dans les pays et dans le cour des hommes, ce veilleur promène sa saudade et son pessimisme aux quatre coins du monde, du Portugal à l’Afrique noire, d’Auch à l’Italie du sud et au Maghreb. Et de ces errances, un constat terrible s’impose : les lois justifient les silences, le mépris, la vendetta, les compromis et les massacres. Siècle après siècle l’enfer s’ajoute à l’enfer. Le veilleur songe aux nazis qui pendaient les paysans d’Italie et du Périgord aux poutres des fermes, aux fascistes qui aujourd’hui maugréent aux basses messes tout en astiquant le manganello, remplissant les flacons de ricin. Les fascistes s’ennuient. A nouveau, ils attendent l’heure. Les tortionnaires sont partout : les oustachis, les Pol-Pot, les Ceausescu, les Enver Hodja, les Sékou Touré, les Amin Dada, les Pinochet. La liste est trop longue pour tous les énumérer. Pour le veilleur, il y a trop de pulsions. La guerre est partout, toujours. La mitraille nous accompagne. Il faut mourir en combattant contre le roi Zog d’Albanie, les tsars, les nazis, les inconnus. Tous ces morts l’habitent, le hantent dans son errance sans fin. Et cette vision peut être prémonitoire : «  Les cigognes un jour, cesseront de voyager entre Strasbourg, Gao et Marrakech, la vie sera moite..., les barbares ricaneront, le courrier n’arrivera plus, les fontaines, les sources se tariront, la première eau s’évanouira dans un songe ».