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And Patrick Habis

Le silence des otages

Virginie Buisson, Collection Romans, Le Cherche Midi, 2003, 105 p.

Après un détour par la Nouvelle- Calédonie, 25 ans après son premier récit algérien L’Algérie ou la mort des autres, Virginie Buisson revient au pays de la guerre et de son adolescence avec des incursions dans l’enfance en France et l’évocation du retour des vaincus en 1962. La famille se retrouve en Normandie et la narratrice, tantôt « l’enfant  », tantôt « la jeune fille », tente désespérément de retrouver le plaisir de voir, parler, marcher et rire, de vivre, en somme. Entre un « père », beau-père militaire dans la guerre d’Algérie, et une mère nostalgique du pays natal, la Nouvelle-Calédonie, la petite fille bâtarde se voit contrainte de suivre les discours nihilistes du père et de subir la réprobation de la famille de France. L’Algérie en guerre sera son aventure. En même temps que l’adolescente découvre un pays qui la séduit, elle découvre la mort violente et les cris de la torture dans les caves des maisons que des familles françaises habitent. La mort, intimement liée au désir d’amour, à la beauté fragile des jeunes soldats, au sel de la mer sur une peau de jeune fille. Le retour en France, en Normandie, c’est le corps d’amour perdu, le pays aimé absent, l’indifférence à soi, aux autres, au paysage nouveau, le silence des deux frères, obstiné, et le risque de folie. Un voyage improvisé à Dachau autorise le retour à Alger. Et peut-être ce retour à la vie, au désir de vie. Virginie Buisson dit bien, avec la pudeur nécessaire, la détresse d’une adolescente dans la guerre, ses violences insoutenables, au moment même où c’est l’amour qu’elle attend.