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Le partenariat euroméditerranéen : l’échec d’une ambition régionale

Jean-Yves Moisseron, Le partenariat euroméditerranéen : l’échec d’une ambition régionale, Pug, Grenoble, 2005, 168 pages.

Le titre du dernier livre de Jean-Yves Moisseron, Le partenariat euroméditerranéen. L’échec d’une ambition régionale, pourrait laisser penser que tout est déjà dit dans cette sentence lapidaire. Mais en lisant les 168 pages qui composent le volume, on découvre qu’il n’en est rien. A travers une analyse articulée autour des trois volets qui composent la déclaration de Barcelone, le texte de Moisseron offre plus d’une surprise. Au-delà d’une analyse détaillée des motifs de l’échec, le volume souligne les aspects positifs du projet et indique des perspectives vers lesquelles se tourner.

La thèse de fond de l’auteur serait qu’aucun des défis que l’Europe s’était lancée en 1995 n’a été gagné. L’Europe a notamment perdu celui qui concerne la reconquête d’une certaine influence dans l’aire Méditerranéenne et n’a pas su renforcer les liens de confiance entre les peuples des deux rives. Elle n’a pas non plus respecté les temps préétablis pour la création d’une zone de libre échange avant l’année 2010. En étudiant l’impact économique de dix ans de politiques euroméditerranéennes sur la rive sud, Moisseron en déduit que seul le Maroc a tiré bénéfice de l’ouverture au libre marché. Les trois autres pays (Israël, la Turquie et l’Algérie) qui ont fait preuve d’une bonne performance économique, sont des cas à part comparés aux autres signataires des accords d’association euroméditerranéens. Israël connaît des seuils de développement profondément différents des autres pays de la région avant que ne débute le procès de Barcelone ; la Turquie est dans une condition de préadhésion à l’Union Européenne ; l’Algérie est un pays exportateur d’hydrocarbures. Les autres pays de la région soit sont restés sur leurs positions, soit ont régressé. De manière globale, le commerce des Pays tiers méditerranéens (Ptm) avec l’Union européenne n’a pas atteint le développement attendu après Barcelone, alors que les investissements directs étrangers, que les accords d’association auraient dû stimuler, n’ont pas été à la hauteur de ces attentes.

D’après Moisseron, l’échec du projet euroméditerranéen est le résultat d’une faiblesse de la politique extérieure de l’Europe. A la différence des Etats-Unis, les pays européens interagissent avec ceux de la rive méridionale à travers une logique qui reproduit les relations bilatérales préexistantes et non à travers une politique réellement communautaire, réduisant par là même les effets de leur action. Selon lui, bien que les Ptm soient dépendants de l’Europe au niveau commercial et que le volume d’aide civile de l’Union Européenne et des Etats-Unis soit du même ordre de grandeur (si l’on ne tient pas compte d’Israël), les Etats-Unis sont incontestablement les acteurs dominants de la région. Malgré ces problèmes structurels, le partenariat peut par contre se vanter de quelques succès, en particulier grâce à l’expérience tunisienne de mise à niveau et du progrès en matière d’intégration sud-sud, au moins au plan gouvernemental et institutionnel.

Les critiques que Moisseron adresse au partenariat ne concernent pas a priori la politique européenne et les processus de régionalisation que l’Union européenne met en place. L’avant-dernier chapitre du livre, dédié à l’intégration réussie de la Pologne, démontre bien qu’un “projet d’intégration régionale n’est pas condamné a priori à l’échec” (p.121). Des conditions internes telles que la volonté de changement, l’accord sur l’adhésion à l’Europe et aux institutions occidentales, la démocratisation, l’existence d’une classe politique structurée, et des conditions externes comme la volonté politique de l’Europe et les fonds budgétaires significatifs, ont su garantir la réussite de l’intégration de la Pologne. Observer ce modèle – suggère l’auteur- peut servir à comprendre les erreurs du partenariat euroméditerranéen et sur quelles bases doit se fonder une politique entre les deux rives.

Avec ce texte, qui souligne les erreurs commises et analyse les succès d’autres expériences, Moisseron offre une contribution importante à la construction d’un espace commun dans l’aire du bassin méditerranéen. C’est pourquoi il mérite pleinement le titre de « méditerranéiste », au sens que donne Paul Balta à ce terme, « militant de la Méditerranée ».