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And Patrick Habis

Le militant contradictoire

Guy et Régine Dhoquois, Le militant contradictoire, L’Harmattan, 2004, 186 p., 17€

Un ouvrage revigorant. De réflexion mais non dénué d’humour. Réjouissant. On peut le lire tout d‘une traite ou à petites doses. Revenir en arrière et s’amuser parfois des contradictions de ces militants contradictoires.

Un couple d’intellectuels, tous deux sociologues, lui davantage historien, elle davantage juriste, après quarante ans de vie commune et militante rédigent non pas des mémoires, si forts à la mode, mais un bilan – que l’on sent non définitif. Ils continuent, ce faisant, de s’interroger. Sur tout. Sur la vie et l’engagement politique, sur la réflexion intellectuelle, sur le syndicalisme, le militantisme.

On sent Guy Dhoquois plus distancé, plus observateur, très « honnête homme » du XVIIIème siècle, que son épouse. Il s’interroge sur philanthropie et misanthropie, sur Timon et Protagoras – mais lit-on encore ces deux-là, et les Pères de l’Eglise, et Montesquieu et Marx ? –, sur les conséquences de « l’autodestruction » de l’Union Soviétique – trop rares intellectuellement positives à son avis –, sur l’anti-américanisme ambiant, ce nouveau racisme. Régine Dhoquois, parfois plus véhémente et plus vibrante, s’interroge, elle, sur le féminisme, la « parenthèse enchantée » des années 60, sur la politesse et la civilité – ce qui permet de vivre en société. Elle a des pages fort bien documentées, donc très inquiétantes, sur la précarisation, les contradictions et le recul du droit du travail. Ses « fictions » sur le militantisme féminin se heurtant au machisme condescendant, mais feutré et poli, de certains dirigeants mâles d’associations, de syndicats ou d’ONG, sont un vrai régal.

Enfin, des intellectuels qui pensent, tout le temps, si l’on peut dire, qui font leur métier, qui font part de leurs interrogations, restées quelquefois sans réponses, de leurs recherches, parfois vaines. Militants contradictoires, désabusés à l’occasion, mais toujours portés par la recherche et l’espoir.

« Le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. (…) Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible  » [1]. Régine et Guy Dhoquois feraient de la peine à M. Le Lay, PDG de TF1 : ils ne rendent pas le cerveau disponible pour la pub de qui ou quoi que ce soit. Mais de leur production ou de celle de TF1, devinez laquelle aura les « meilleures parts de marché » ? Hélas !