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Le livre, mémoire de l’Histoire, Réflexions sur le livre et la guerre d’Algérie

Benjamin Stora, Le livre, mémoire de l’Histoire,Réflexions sur le livre et la guerre d’Algérie, Le préau des collines, 2005, 271 p., 24 €

Les livre existent, on peut les lire On entend trop souvent dire : « Il n’y a rien sur la guerre d’Algérie, on nous cache tout, on nous dit rien… » Lamentation, qui se répète encore aujourd’hui en ce début du troisième millénaire, un demi-siècle après le début de la guerre d’Algérie, plus de quarante années après la fin de cette guerre, désignée comme guerre depuis quelques années seulement. Lamentation des paresseux. Ceux qui ne veulent pas lire, chercher à savoir, comprendre, ceux qui ne veulent pas apprendre. Lamentation de ceux qui attendent l’information, précise, réfléchie, historienne du média préféré, la télévision (certaines chaînes ont fait des efforts et n’ont pas attendu l’autorisation officielle de l’audimat). Qui ignore que ce média populaire n’aborde pas les sujets « sensibles », cette histoire en particulier, un sujet politique qui fâcherait les décideurs plus politiciens et démagogues que les politiques eux-mêmes ? Il faudrait donc lire.

Et, si bizarre que cela puisse paraître, les historiens qui lisent, qui savent lire livres et archives, ont souvent négligé une certaine catégorie de livres qui ne faisaient pas autorité. Ces livres dont parle Benjamin Stora (signalons son Dictionnaire des livres de la guerre d’Algérie, L’Harmattan, Paris, 1996). Livres mis à l’écart par des mandarins de l’histoire, parce qu’ils ne sont pas fiables, trop subjectifs ou trop idéologiques, parce qu’ils ne sont que travail de mémoire, indignes d’un corpus homologué. Oui, ces livres sont affectifs, nostalgiques, partisans, ils disent une mémoire privée, familiale, individuelle. Pourtant, souligne Benjamin Stora, ils peuvent être pris comme objets d’histoire et de l’Histoire, avec, bien sûr toutes les précautions méthodologiques, critiques, comparatives qu’un historien sait prendre s’il est un historien accompli, soucieux de la vérité autant qu’il est possible, se méfiant de toutes les tentations idéologiques. Ces livres, comme les images produites au cours de l’histoire, dont les historiens commencent à penser qu’elles ont une importance dans l’approche, l’analyse, la compréhension de tel événement à telle époque, ces livres et ces images dont se préoccupe aussi Stora sont « la mémoire de l’histoire » comme il le prouve dans son dernier livre (accompagné d’une bibliographie importante). Des centaines de publications, des années 60 aux années 2000 dans tous les domaines : témoignages, récits, fictions, correspondances, essais. Acteurs, témoins, victimes de cette guerre, ils écrivent, elles écrivent pour raconter et transmettre une expérience unique dans un pays bouleversé, un pays perdu pour certains, interdit pour d’autres, un pays de passions extrêmes. Jeunes appelés, militaires de carrière, officiers exaltés, opposants et contestataires, combattants et résistants, terroristes, des deux bords, leaders politiques d’horizons opposés, femmes en exil, françaises nostalgiques, algériennes offensives, enfants des immigrations post-coloniales… Pour la plupart, auteurs d’un seul livre, parfois deux, rarement davantage. Peu d’écrivains, créateurs d’une oeuvre littéraire.

Benjamin Stora leur donne droit de cité dans l’Histoire avec leurs histoires. Une bibliothèque précieuse à consulter partout, tout le temps, si on veut bien.