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Le cahier à fleurs

Laurent Galadon, Viviane Nicaise, Le cahier à fleurs, Ed. Grand Angle, 2010, 48 p.

Cette bande dessinée retrace le génocide des Arméniens. L’histoire commence à Paris en 1983. Le concert d’un jeune violoniste turc est interrompu par le malaise d’un spectateur. Alors que les secours tardent, le vieillard qui a eu ce malaise, prononce quelques mots qui attirent l’attention du jeune musicien turc. Dès le lendemain, il se rend au chevet du vieil homme : Dikran Sarian, un Arménien qui se lance alors dans un long récit de la tragédie du génocide arménien.

Anatolie orientale, printemps 1915, Dikran Sarian a alors neuf ans. Sur ordre du Sultan de la Sublime porte, l’armée ottomane rassemble les hommes arméniens mais aussi chrétiens assyrochaldéens et grecs pontiques. Ceux qui sont sous les drapeaux durant la Première guerre mondiale sont expulsés de l’armée tandis que les civils le sont de leurs villages. La plupart perdent leur vie, fusillés sommairement, pendus ou décapités.

Quant aux vieillards, aux femmes et aux enfants, ils sont exclus manu militari des villages et envoyés à pied sur les chemins de la déportation vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie dans une longue marche vers la mort, soumis qu’ils sont alors à la soif, à la faim et aux attaques des tribus kurdes et arabes qui tuent, violent et pillent. Les soldats ottomans ne sont pas en reste dans l’horreur. Au final, on estime qu’au moins la moitié du peuple arménien a été victime de ces massacres, les rescapés finissant au Liban, en Egypte, en Grèce, en Bulgarie, en Russie, mais aussi en France.

Aujourd’hui, la Turquie refuse toujours de reconnaître le génocide et un grand journaliste arméno-turc, Hrant Dink, militant pour cette reconnaissance a été assassiné il y a peu par l’extrême droite turque liée à l’armée, aux services secrets et aux trafiquants de tous poils. L’un des avocats de la famille Dink, le juriste turc Hakan Karadag a été lui aussi assassiné le 4 juin 2010.

Le cahier à fleurs est d’autant plus bienvenu que le déni turc sur le génocide arménien demeure donc encore très lourd. Comme la bande dessinée de Joe Sacco – « Gaza 1956 » –, montre combien cette forme de littérature peut dire aussi la violence d’une tragédie.