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Le Qatar et l’islam de France : vers une nouvelle idylle ?

Haoues Seniguer: Maître de conférences en science politique à Sciences Po Lyon. Membre de l’ISERL (Institut Supérieur d’Étude des Religions et de la Laïcité), Lyon. Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée.

Il n’existe pas beaucoup de sources scientifiques sur le Qatar, son régime et les dessous de sa politique étrangère en général, et moins encore sur le montant de ses financements de l’islam ou des projets qui tournent autour de la religion musulmane, que ce soit dans le monde arabe ou en Occident. La relation des mécènes qataris à l’islam de France ou européen, oeuvrant dans les cercles plus ou moins proches des centres du pouvoir officiel, est tout sauf évidente. En tous les cas, elle mériterait un traitement sur le plus long terme. C’est pourquoi, en la matière, il s’est agi pour nous, au cours de cet article, de formuler une série d’hypothèses explicatives à partir de faits objectifs incontestables : la France est le pays européen qui compte le plus grand nombre de musulmans (entre cinq et six millions de personnes, pratiquantes ou non), dont certains sont victimes d’exclusion socioéconomique ; l’absence de magistère centralisateur, ajoutée à l’émergence de nouvelles générations françaises musulmanes de plus en plus détachées des pays dont leurs parents sont originaires, écuplent les capacités d’ancrage et d’attrait d’une idéologie islamiste (dont le Qatar est l’un des hérauts), par essence « déterritorialisée », qui essaye d’articuler réaffirmation identitaire, y compris orthodoxe et orthopraxe, et citoyenneté. En misant sur des personnalités européennes musulmanes de premier plan, en particulier en raison de leur forte audience et médiatisation, tel le prédicateur suisse Tariq ramadan, la seconde épouse de l’émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani, Mozah bint Nasser, tente de promouvoir la valorisation de l’image de son pays auprès des musulmans d’Europe, Français en particulier, entre autres pour faire pièce à ses concurrents salafistes, eux, financés et soutenus par l’Arabie saoudite. Le Qatar, du moins la ligne défendue par l’émir et sa deuxième femme, cherche à faire d’une pierre deux coups : d’une part, réduire, à l’interne et à l’externe, la part d’influence du wahhabisme, et d’autre part, bénéficier d’une bonne image de marque auprès des Européens de confession musulmane. Car, en effet, personne ne pourrait croire, réalistement, que le Qatar s’intéresse à tout, investisse partout, sauf dans l’islam !

Vous pouvez vous procurer, en version numérique, l’intégralité du Numéro 84 Qatar : jusqu’où ? sur le site de Cairn.info à l’adresse suivante : http://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2013-1.htm