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La spirale iranienne

Bernard Ravenel: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée
20 février 2012
C’est un 2012 de guerre qui semble se profiler au Moyen-Orient.De fait, s’il n’y a pas déjà de guerre de l’ombre, les attentats commis depuis 2010 contre des experts nucléaires iraniens, la cyberguerre, l’embargo décrété sur le pétrole iranien etc..., tout cela lui ressemble beaucoup...

En même temps, si on s’en tient à la récente escalade d’accusations et de menaces,fixer aujourd’hui un scénario de guerre paraît encore prématuré La dernière escalade rhétorique est indicative : l’Iran menace de fermer le Détroit d’Ormuz si l’embargo sur le pétrole est appliqué, les Etats-Unis déclarent qu’en cas de blocage de cette voie vitale de navigation ils utiliseront la force.

Or probablement aucun des deux protagonistes n’entend aujourd’hui donner suite à ses propres menaces.

Mais celles-ci ont pour effet immédiat de renchérir le pétrole. Avec le prix du baril la tension monte et du même coup le risque « d’incidents » qui pourraient enclencher le conflit armé.

En effet une « politique de pression » comme celle pilotée par les Etats-Unis( sous la pression d’Israël) et soutenue par l’Europe - qui combine déploiements de forces tout autour du Détroit d’Ormuz, avec la guerre déjà déclenchée dans l’ombre, a sa propre logique d’escalade. Et celle-ci, sans activité diplomatique réelle sur les problèmes de sécurité dans la région, comme le demandent avec insistance de nombreux diplomates occidentaux, risque d’aboutir à ces « incidents » provoqués qui mettraient le feu aux poudres .

De ce point de vue, il faut surveiller le lien entre cette escalade et la campagne américaine. Il faut mesurer le poids électoral qu’a pris le débat sur une action militaire contre l’Iran. Sur ce thème, Républicains et Israël fonctionnent ensemble parce que tous les deux veulent empêcher la réélection d’Obama que Tel Aviv et le lobby pro-israël aux Etats-Unis n’ont jamais pu accepté.

Si les Républicains et Israël parviennent à créer une situation telle qu’aux yeux de l’opinion publique il soit impossible pour Obama de ne pas intervenir en Iran, ils gagnent à tout coup : Si Obama intervient, il perd la face vis-à-vis de sa propre base pacifiste qui l’a élu pour se libérer de la guerre en Irak et se retrouve alors avec deux autres guerres en Afghanistan et en Iran. Si au contraire, Obama se refuse à intervenir, ce refus serait utilisé pour faire oublier l’auréole héroïque qui lui vient de l’élimination de Ben Laden...

Le refus de tomber dans ce piège a motivé il y a trois semaines la décision américaine de reporter les manoeuvres conjointes avec Israël (les plus grandes jamais programmées) qui précisément devaient simuler une attaque contre l’Iran.

Tant que manqueront le dialogue et la diplomatie la spirale du nucléaire contre le nucléaire nous met au bord de l’abîme.