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And Patrick Habis

La question kurde

Hamit Bozarslan, La question kurde, Presses de Sciences Po, Paris 1997, 380 pages

Au printemps, un institut kurde apolitique a été inauguré aux Etats-Unis. Cette première outre-Atlantique souligne l’irruption de ce peuple sur la scène politique internationale. La guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, la féroce répression des Kurdes d’Irak par Saddam Hussein puis leur autonomie sous protection occidentale, la présence d’une forte communauté kurde en Europe, ont peu à peu sensibilisé l’opinion aux revendications de ces 20 millions d’individus principalement dispersés sur quatre Etats : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Mais la fragmentation de leurs partis politiques, l’antagonisme de leurs stratégies et les profonds clivages divisant leur sociétés donnent à la question une complexité redoutable. Hamit Bozarslan, dont l’ouvrage La question kurde, une adaptation de sa thèse de doctorat d’Etat, est sans doute appelé à faire autorité pendant de longues années dans les milieux universitaires, se garde de toute simplification. L’écheveau est trop dense, des vieilles solidarités confrériques et claniques aux ambitions stratégiques des puissances de la région. Féru de science politique, l’auteur passe au crible l’histoire récente des mouvements de révolte kurde et les principaux acteurs institutionnels de la contestation et de la répression. Son diagnostic est sans appel : la création d’un Etat kurde n’est pas pour demain, les mouvements d’opposition confortant souvent les entités politiques existantes. Une des propositions les plus audacieuses de l’ouvrage consiste dans le lien étroit qui est établi entre la revendication nationale kurde et la marginalisation géographique, économique et sociale dans laquelle évolue la majorité de cette population. “La contestation minoritaire, dont le nationalisme est porteur avant d’en devenir l’interprète, constitue probablement le problème social le plus complexe des sociétés modernes”, écrit Hamit Bozarslan. Son analyse ne peut se faire que dans cette perspective sociale, d’autant qu’une solution au problème minoritaire ne peut être mise en oeuvre que dans le domaine social. L’auteur suggère in fine d’envisager une solution supraterritoriale au problème kurde, grâce à la mise en place de structures économiques et culturelles gérées par les Kurdes eux-mêmes à l’échelle régionale. La gestion de la question touareg, au Mali, pourrait fournir selon lui un exemple réussi.