À l'iReMMO

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

La politique syrienne de M.Sarkozy entre espérances et illusions

Ghassan El Ezzi:
31 octobre 2008
Arrivé au pouvoir avec la promesse de rompre avec les politiques d’antan, M.Sarkozy tente avec la Syrie la politique dite de la carotte, après l’échec de celle du bâton . En d’autres termes il vise, avec du soft power, les mêmes objectifs que les Américains n’ont pu atteindre avec du hard power. Mais cette politique volontariste a-t-elle des chances d’aboutir ?

Paris a pu convaincre Damas de laisser les Libanais élire leur président et d’échanger des ambassades avec Beyrouth, réalisation qu’il ne faut pas sous-estimer. Mais beaucoup au Liban craignent que l’Ambassade syrienne à Beyrouth ne devienne le QG des services secrets syriens, permettant par là-même à ceux-ci de régner sur le pays de Cèdre comme ils l’avaient fait jusqu’en 2005. Par ailleurs, Damas reste arc-bouté sur ses positions concernant le bornage des frontières libano-syriennes et le problème des détenus et « disparus »libanais en Syrie depuis des décennies. Malgré une certaine embellie la situation libanaise reste donc précaire.

A l’évidence, par cette nouvelle attitude diplomatique envers Damas, M. Sarkozy espère séduire la Syrie pour l’éloigner de l’Iran. Cependant il serait illusoire de croire que le pouvoir syrien pourrait renoncer à son alliance iranienne, M.Assad défendant le programme nucléaire iranien qui est, à son avis, civil et non militaire.

Sur un autre dossier, le dossier géorgien, l’embellie diplomatique a eu du mal à masquer les divergences de vue entre Paris et Damas. En effet, lors de l’offensive russe contre la Géorgie les présidents français puis syrien se sont précipités à Moscou. Le premier afin de sommer les Russes d’accepter un cessez-le-feu, le second pour soutenir leur opération voire leur proposer les ports syriens comme bases de leurs flottes.

Actuellement, Damas négocie avec Israël sous l’égide de la Turquie, sans lien direct avec cette nouvelle diplomatie française même si Paris se veut partenaire de ces négociations. Mais aucune avancée significative n’est possible avant l’avènement de la nouvelle Administration américaine. Il y a fort à parier que si les choses aboutissaient, la cérémonie de la signature d’un éventuel traité israélo-syrien se passerait alors dans le jardin de la Maison-Blanche et non pas à l’Elysée. En cas d’effondrement du processus, le président syrien aurait gagné du temps et réussi un désenclavement sur la scène internationale.

Fruit de ce retour syrien vers Paris et vers la communauté internationale, des Compagnies française -Total par exemple - ont déjà signé des contrats avec la Syrie, tandis que d’autres s’y préparent.

Premier dirigent occidental à se rendre à Damas depuis cinq ans, M.Sarkozy nourrit l’ambition (ou l’illusion) de faire rebondir son pays sur l’échiquier proche-oriental, et ceci à la faveur du crépuscule de l’Administration Bush. Mais pour Damas, Paris reste un marchepied vers Washington et puis rien ne dit que le prochain président américain se laissera dépouiller de sa place dans cette région si importante.