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And Patrick Habis

La mafia albanaise. Une menace pour l’Europe

Xavier Raufer, Stéphane Quéré, Ed. Favre, Lausanne, 2000, 144 pages, index, 119FF

Non sans raison, les auteurs ne prennent pas de gants avec le phénomène de la mafia albanaise. Dès l’introduction, ils mettent les points sur les i : "J’entends d’ici les consciences morales : parler de la "mafia albanaise" ? C’est faire le jeu de Milosevic et donner dans le racisme antialbanais. Elles ont tort - et une fois encore, il se vérifie que la stratégie du soupçon n’est qu’un avatar de la politique de Gribouille. Car c’est naturellement tout le contraire... Que fait le criminologue ? Il pose d’abord un diagnostic. En général, celui-ci déplaît : demandez au médecin qui annonce un cancer à son patient. Alors, comme le criminologue dérange, il est accusé de "faire le jeu"... Passons au racisme antialbanais. Autre ânerie. Qui est l’auteur de la magistrale – et seule à ce jour – étude sur la mafia albanaise, publiée en 1996, dans une indifférence totale ? Gus Xhudo, Albanais luimême. Qui dénonce la "symbiose de la politique et du crime au Kosovo" ? la presse de Belgrade ? Non : le quotidien albanophone de Prishtina, Koha Ditore. Qui annonce que "la mafia albanaise est entrée au Kosovo sur les talons de l’OTAN" ? L’Albanian Daily News. Et qui enfin écrit : "L’Albanie est devenue une plaque tournante du trafic de drogue, de la prostitution et de l’immigration clandestine"  ? Le quotidien de Tirana Gazeta Shqiptare. "Tout est dit, ou presque. Sur le Kosovo : Ce qu’on occulte aujourd’hui, c’est ceci : au Kosovo, par ignorance de la réalité sociale, des traditions criminelles balkaniques, l’ONU et l’OTAN se sont mises dans un guêpier à peu près inextricable." Le lendemain du départ des troupes serbes le 10 juin 1999, les chefs de guerre de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) sont descendus des montagnes troquant leurs kalachnikovs contre les trafics et l’argent sale. Aussitôt, ils se sont partagés le gâteau, d’abord amicalement, puis devant les enjeux, à coups de pistolets. Trois grands chefs de guerre UCK ont été tués ou blessés en moins d’un an. Quant aux autres chefs, politiques ou militaires, ils se sont spécialisés, qui dans le contrôle des transports, du pétrole, qui dans celui des cigarettes, du cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne, qui dans celui des armes, de la prostitution... L’Etat de droit, inexistant au Kosovo sous le régime d’apartheid de Slobodan Milosevic, existe encore moins aujourd’hui sous le contrôle de la Minuk. Les premières victimes de ces mafias ethniques, avant d’être les grandes économies mondiales, sont leurs propres peuples. Aujourd’hui les mafias albanaises, particulièrement barbares et cruelles, contrôlent une grande partie de la drogue et de la prostitution en Suisse, au Luxembourg, en Allemagne et en Belgique. Elles tentent de s’implanter en France, en Angleterre et en Suède. Les auteurs décrivent en détail cette montée en puissance, la mise en place des réseaux, tant dans les Balkans qu’en Europe. Il était grand temps que, dans un certain désert médiatique, un ouvrage comme celui-ci remette les pendules à l’heure. Pourtant on regrettera une certaine frilosité de jeune vierge en page 95. Les auteurs dénoncent trois trafiquants de gros calibre : Xhavit H., Midhat E., Hassan H. Pourquoi ces initiales ? Xhavit Haliti, un des chefs de l’UCK, est un ancien officier des services secrets de l’ancien régime communiste sanguinaire d’Albanie. Son curriculum vitae a déjà été publié en France. Quant à Midhat Emini et Hassan Hassani, cela fait longtemps qu’ils font la "Une" de la presse macédonienne. Quant à l’épilogue, les auteurs n’ont plus à se fatiguer. Ils laissent la parole à de grands diplomates européens comme Robin Cook : "Il est vital de commencer à maîtriser la criminalité organisée au Kosovo" ou Jiri Dienstbier : "Le Kosovo est dirigé par les structures clandestines de l’UCK. La province est un paradis pour les mafias".