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La ligne de fuite

Christophe Dabitch, La ligne de fuite, Futuropolis, Paris, 2007, 120 p., 19 €

Christophe Dabitch est journaliste, écrivain et scénariste de BD de grand talent. Mais aussi grand voyageur. L’an passé, il avait publié en deux tomes l’épopée du premier homme blanc entré dans Tombouctou au début du 19e siècle, René Caillié (Abdallahi). Il réitère ses épopées historiques sur la trace de grands voyageurs fascinés par l’Afrique. Cette fois, il suit les pas d’Arthur Rimbaud.

Dabitch, au scénario, et Flao, au dessin, racontent l’histoire vraie d’une bande de poètes fous et dézingués, au propre comme au figuré (c’est l’époque de la fée absinthe) regroupés autour de la revue Le décadent, publiée de 1886 à 1889, qui décide de publier coûte que coûte les poèmes de Rimbaud. A tel point qu’au départ, un jeune membre de Décadent, Adrien, se fait faussaire et écrit des poèmes dans le style de Rimbaud. La supercherie démasquée, deux décadents décident de partir vers l’Afrique pour retrouver leur idole. L’aventure commence à Charleville, passe par Marseille puis Aden, pour finir de l’autre côté de la mer Rouge, en Ethiopie. Les étapes chypriote et égyptienne du poète n’apparaissent pas dans cette BD ; dommage ! Presque tout est vrai dans cet ouvrage, sauf la réalité d’Adrien. A moins que ce dernier ne soit l’ombre portée de Dabitch lui-même !

Pour ce dernier : « L’idée de départ était de raconter un voyage qui soit une discussion intérieure entre la poésie de Rimbaud, sa trajectoire, et le mythe qui déjà se construit à cette époque ». Il y a quelque part dans cet ouvrage le souffle d’Hugo Pratt. Et finalement ce qui résume le mieux le sens de cette BD, c’est la reproduction de la caricature de Verlaine publié dans la revue L’Homme d’aujourd’hui, avec écrit sur son large front dégarni « anaykn » qui signifie en grec ancien : « nécessité inévitable » ou « destin » ; ce que les Arabes pourraient traduire par « maktoub », « c’est écrit ».