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La chronique du blédard : Algérie : le quatrième mandat, la colère et l’impossible acceptation
Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 février 2014

Akram Belkaïd: Journaliste et essayiste.
3 mars 2014
Il y a des moments dans la vie où la conciliation et la volonté de recherche de compromis sont impossibles y compris pour celui qui est toujours enclin à prôner le dialogue et l’ouverture. Cela vaut pour la politique et pour les positions que tout un chacun se doit de prendre vis-à-vis de cette sinistre farce qui est imposée actuellement au peuple algérien. Il est inconcevable, il est moralement et politiquement impossible de trouver la moindre raison pour accepter que le président Abdelaziz Bouteflika soit de nouveau élu en avril prochain.

Nous connaissons le système. Nous savons que l’officialisation de cette candidature équivaut à nous annoncer la troisième réélection d’un homme pourtant diminué par la maladie et dont on voit bien qu’il n’est pas capable de mener campagne, de s’expliquer sur ses choix, de dessiner des perspectives pour le pays ou de défendre son (piètre) bilan. Cela été écrit et répété dans ces colonnes. L’Algérie a un besoin urgent de changement, de réformes, d’une nouvelle dynamique, d’un projet fédérateur pour entrer dans le vingt-et-unième siècle. Le monde change, des forces d’une puissance tellurique sont en mouvement et ce n’est pas l’actuel président qui est capable de faire face à ces défis.

Non, il n’y a pas de conciliation possible. Non, ce qui se passe n’est pas admissible. Non, on ne peut accepter de se faire insulter de la sorte car, que dit-on d’autre aux Algériens, si ce n’est qu’ils vont voter pour un fantôme qui n’a plus parlé en public depuis près d’un an, qui n’a plus présidé de conseil des ministres depuis longtemps, qui ne se déplace plus si ce n’est lorsqu’il s’agit d’aller faire des examens médicaux à l’étranger ? Quel mépris pour le peuple (ce n’est guère nouveau) et quel mépris pour la fonction présidentielle (ce l’est moins). Aujourd’hui, n’en déplaise à notre fierté nationale, l’Algérie est la risée du monde et il est inévitable que de médiocres humoristes d’Egypte ou de France y trouvent matière à sarcasmes.

Il ne faut pas être devin pour décrire ce qui va se passer durant les prochaines semaines. Il va y avoir une campagne électorale virtuelle où, pendant que les autres candidats chercheront à grappiller quelques minutes à la télévision, des communiqués dûment distribués nous informerons d’une activité présidentielle que nul ne sera en mesure de vérifier. Nous serons alors, non, pardon, nous le sommes déjà mais ce sera pire, dans un monde de faux-semblants, de boas à avaler, d’orgueil à ravaler, de dents à serrer et de colère à contenir. Plus que jamais, le message du système sera « on pisse sur vous et quoi que vous fassiez, ce sera ainsi ». Pauvre Algérie. Pauvre Algériens…

« Que faire ? » s’est interrogé dans ces colonnes un illustre confrère en reprenant les fameux mots de Lénine. Il est évident que la réponse n’est pas simple et qu’elle ne peut être le fait d’une seule personne. Plus que jamais, nous avons besoin de penser l’avenir ensemble. Se taire parce que la sidération est tellement forte n’est pas une option. Posons-nous la question du « que faire » les uns aux autres ; Réfléchissons. Ne perdons pas notre intelligence, c’est le seul monopole que nous détenons et qui fait cruellement défaut à ceux qui prétendent nous gouverner.

Que faire ? On peut aussi, on doit, refuser d’être partie prenante de cette mascarade. Non, pas de compromis, pas de compréhension, pas d’oreille indulgente aux discours lénifiants à propos d’une candidature au service de la stabilité du pays (ah, la stabilité… cette nouvelle religion qu’on veut inculquer aux Algériens et qui entend les mettre plus bas que terre, serviles et interdits de manifester la moindre revendication). Non, pas d’ambiguïté, pas de tolérance.

Je conchie donc celles et ceux qui défendent cette candidature. Je ne leur accorde aucune circonstance atténuante, aucune raison valable d’être les complices, certainement intéressés, de ce qui est déjà l’un des épisodes politiques les moins glorieux depuis l’indépendance du pays. Et je ne serai guère économe de mon mépris à l’égard des fripouilles qui font semblant d’être convaincues par le discours qu’ils tiennent sur la réussite du pays et sur la nécessité d’un quatrième mandat pour aller encore plus loin dans etc… etc… Que ces gens-là n’espèrent pas qu’on oublie un jour leur lâcheté et leur compromission.

Certes, faire cela, c’est faire peu mais c’est déjà beaucoup. Il n’est pas question de se laisser aller aux évitements d’antan, notamment ceux qui ont eu cours dans les mois qui ont suivi l’élection de 2009 et un troisième mandat qui était déjà de trop. La vie n’est certes pas un référentiel binaire mais il y a des moments précis, rares, ou c’est un ou zéro mais pas les deux à la fois et certainement pas quelque chose entre les deux. On est soit pour soit contre le quatrième mandat. Et ceux qui y sont favorables, ou, plus encore, ceux qui font semblant de l’être en expliquant à qui veut les entendre qu’ils n’ont pas le choix doivent savoir que leurs noms seront inscrits à jamais au mur de l’infamie et de la honte. Il est des comédies auxquels même les pires acteurs refusent de participer. Celle qui se déroule en ce moment en est une et c’est pourquoi je n’irai pas voter en avril prochain car cela reviendrait à donner de la crédibilité à un scrutin joué d’avance et dont l’Algérie paiera chèrement le prix.