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And Patrick Habis

La Turquie

Semih Vaner (dir), La Turquie, Fayard, Ceri, 2005, 736 pages, 28 €

Précisons-le d’emblée, ce livre est un monument par l’ampleur et la rigueur des analyses d’une vingtaine des meilleurs spécialistes de la Turquie.

Sept parties résument son long et riche parcours : La sortie de l’empire, Les relents de l’autoritarisme et les avancées démocratiques, L’islam : laïcité, sécularisation et pluralisme, Ethnicité et disparités régionales, Les économies : économie formelle et économies informelles, Les relations extérieures et l’émigration, La culture ancrages et changements.

Ces rappels historiques sont d’autant plus utiles que la Turquie a entamé les négociations en vue de son entrée dans l’UE et que certains persistent à vouloir la refuser. Il convient d’ailleurs de rappeler quelques faits. Les relations établies entre François Ier et Soliman le Magnifique et poursuivies par la monarchie française puis la République. Héritière de l’Empire ottoman, devenu “l’Homme malade de l’Europe”, la Turquie moderne est le premier État musulman à avoir proclamé la laïcité, dès le début du 20e siècle, tout en entreprenant une véritable modernisation sous la direction de Mustapha Kemal Atatürk.

Dans la région, ce pays a été pionnier dans le domaine de la démocratie. Un exemple : les femmes ont eu le droit de vote en 1934, bien avant celles des États latins d’Europe. Certes, leur situation a été maintes fois difficile, mais Sirin Tekeli décrit fort bien les combats qu’elles n’ont cessé de mener contre les conservateurs, le plus souvent avec succès. La politique étrangère a toujours été une composante essentielle de l’Empire et de la République. Rappelons que les Balkans, mot turc qui signifie “montagne couverte de forêt touffue”, ont été dominés par les Ottomans du 14e au 19e siècle et que l’antagonisme avec la Grèce est séculaire. Pourtant, il s’est atténué et le vent nouveau qui souffle entre Athènes et Ankara depuis 1999 mérite d’être souligné. En revanche le problème de Chypre demeure, et ses enjeux sont clairement exposés. Il en est de même pour la délicate et complexe question de l’émigration. Sur le plan intérieur, les auteurs ne cachent pas que la démocratie est fragile. Ils rappellent que l’armée a pris le pouvoir en différentes circonstances en raison de la tradition centralisatrice et aussi pour donner un coup d’arrêt au “séparatisme kurde”. La société turque compte nombre de groupes ethniques de sorte que l’identité nationale s’est construite dans une tension permanente entre le principe d’unité défendu par l’État et la diversité, notamment dans le champ culturel. À ce propos, j’ai particulièrement apprécié la partie culture, thème trop souvent occulté ou sous traité. Elle couvre un large éventail  : la poésie, le roman, les musiques, le cinéma et pour finir la cuisine dont l’apport a été considérable. Un regret : À la table du grand Turc (Actes Sud) de Stéphane Yerasimos n’est pas cité. Enfin, je saisis l’occasion pour souligner l’apport de Semih Vaner au sein du Ceri et rappeler qu’il a fondé l’Afemoti, Association française pour l’étude de la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, qui a fêté son vingtième anniversaire fin 2005 et celui de la revue semestrielle qu’elle publie, les Cemoti, Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, qui n’ont d’équivalent dans aucun autre pays.