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La Palestine, l’Unesco, la force et le droit.

Jean-Paul Chagnollaud: Professeur des universités et Directeur de l’iReMMO
7 novembre 2011
La Palestine vient d’être admise comme membre à part entière à l’Unesco. C’est une victoire diplomatique importante pour l’Autorité palestinienne sur les plans symbolique, politique et pratique. Symbolique, parce que, pour la première fois, les Palestiniens seront considérés dans une organisation internationale à l’égal de toutes les autres nations comme s’ils avaient enfin leur Etat ; politique, parce qu’il s’agit d’une première étape qui en annonce d’autres sur le chemin de la reconnaissance internationale ; pratique, parce que ce nouveau statut au sein de l’Unesco doit leur permettre de bénéficier des programmes et du soutien de cette organisation pour la préservation de leur riche patrimoine culturel souvent menacé par l’occupation.

Ce succès est le résultat d’une stratégie initiée depuis quelques mois par Mahmoud Abbas et fondée sur un incontestable constat. En vingt ans de discussions israélo-palestiniennes, aucune avancée significative ne s’est produite alors que la colonisation israélienne s’est intensifiée en Cisjordanie comme à Jérusalem Est au point qu’il y a aujourd’hui plus de 500 000 colons dans ces deux territoires occupés. Le gouvernement Netanyahu comme avant lui celui d’Ariel Sharon (à la différence peut-être de celui d’Ehud Olmert) veut, à tout prix, préserver le statu quo en faisant tout pour gagner du temps afin de rendre les implications de l’occupation irréversibles et ne rétrocéder le moment venu et le plus tard possible (dans 25 ans dit, par exemple, Avigdor Liberman) que quelques lambeaux de territoires aux Palestiniens.

Dans un tel rapport de forces structurellement asymétrique, des négociations entre Israël et les Palestiniens sont vouées à l’échec si elles ne sont pas d’abord fondées sur le droit international ; c’est pourquoi les Palestiniens ont décidé d’agir dans le champ diplomatique en s’appuyant sur les multiples instruments de la légalité internationale qui leur reconnaissent le droit à un Etat dans les frontières d’avant 1967 avec Jérusalem Est comme capitale. Cette démarche légitime qui tourne résolument le dos à toutes les initiatives fondées sur la violence et le terrorisme, vient donc d’obtenir le soutien d’une grande partie de la communauté internationale. Ce qui est bien la preuve de sa dimension multilatérale.

Le gouvernement israélien aurait pu saisir cette occasion historique pour tendre la main aux Palestiniens et accepter le principe de cette démarche pour ouvrir ensuite de vraies négociations au terme desquelles un Etat palestinien aurait été créé. Une telle ouverture qui aurait été soutenue par l’ensemble de la communauté internationale aurait transformé le Proche-Orient et offert à Israël une perspective d’intégration dans la région, ce qui, sur le long terme, est la meilleure garantie de sa sécurité. Au lieu de cela, il n’a pas trouvé d’autres réponses que la mise en oeuvre de mesures illégales : la construction de nouveaux logements dans les colonies de Jérusalem Est dont il faut rappeler ici qu’elles constituent une violation du droit international et la confiscation des taxes douanières palestiniennes qui s’analyse comme un détournement d’argent qui ne lui appartient pas. Le tout avec le plein soutien des Etats-Unis qui viennent, encore une fois, de démontrer leur totale impuissance dans ce dossier crucial pour l’équilibre du Moyen-Orient. Leur menace de suspendre leur participation au budget de l’Unesco en cas de vote favorable à la Palestine n’a eu aucun effet puisque 107 Etats se sont prononcés pour cette admission. Cette menace aussitôt mise à exécution va remettre en cause d’importants programmes en faveur de l’éducation et de la culture dans le monde. L’administration américaine en est ainsi réduite à infliger des punitions collectives à une organisation internationale faute d’avoir obtenu le vote qu’elle souhaitait : bien étrange conception du multilatéralisme ! C’est une politique de régression qui masque très mal le grave revers que viennent de subir les Etats-Unis. Pour le président Obama, c’est un échec cinglant qui va certainement affecter davantage encore une image déjà bien ternie, surtout quand on se souvient de l’espoir suscité par son discours du Caire en juin 2009.

L’Union européenne a encore une fois implosé. Sur cette question tout particulièrement, elle est incapable d’agir ; c’est ce qui a sans doute décidé la France à prendre ses responsabilités.Alors que la veille encore elle estimait qu’un tel vote était prématuré elle s’est finalement prononcée pour l’admission de la Palestine. Il faut saluer cette position qui vient encore renforcer son influence retrouvée dans le monde arabe. Depuis le mois de janvier de cette année, Paris montre le chemin pour soutenir les sociétés civiles arabes en quête de démocratie et donc de liberté, ce que précisément les Palestiniens revendiquent à travers la reconnaissance de leur Etat.

Article paru dans le figaro en date du 4 novembre 2011