Suivez nous!

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

La Palestine, Un kaléisdoscope disciplinaire


Roger Heacock, La Palestine, Un kaléisdoscope disciplinaire, CNRS, 2011

Roger Heacock, en historien complice d’une histoire extravagante, met en scène la Palestine. Son livre n’est pas une énième contribution à ce que Mustapha Barghouti appelait l’Industrie du processus de paix, mais une plongée au plus profond de ce véritable Kaléidoscope disciplinaire, qu’est devenu la Palestine.

Et pour cause ! Roger Heacock connaît ce pays mieux qu’un autre : pour vivre à Ramallah depuis des décennies, pour y être enseignant à l’Université de Bir Zeit, pour parler parfaitement l’arabe, pour y avoir élevé ses enfants et pour bien d’autres choses encore.

Cette intimité avec son sujet lui autorise bien des libertés, à commencer par celle de jouer au poète, c’est-à-dire d’appréhender cette réalité complexe par d’autres prismes que celui de la seule explication historique.

A l’image de Rimbaud, qui prêtait des couleurs aux voyelles, Heacock colore chacun de ses chapitres aux couleurs du drapeau palestinien : le vert de l’espoir pour tout ce temps perdu (l’attente caractérisant selon lui la condition palestinienne), le blanc pour ces territoires éclatés, le noir pour cette société résistante, et le rouge pour son rapport au discours (qu’il qualifie de perspective implosée). Nous aurions volontiers inversé le rouge et le noir, mais reconnaissons qu’il s’agit là d’une critique de détail.

Roger Heacock s’autorise aussi de constants détours vers Foucault, Sartre, Braudel, Genêt, Rousseau et d’autres. Ces grands anciens - philosophes et poètes, comme lui ? - lui prêtent main forte dans sa tentative de nous raconter sa Palestine intime.

Comme toute représentation théâtrale, son récit est vivant. Il nous parle de cette histoire en termes dantesques : l’Inferno de l’exil intérieur ou extérieur, le Purgatorio des territoires en lutte, et le Paradiso d’un temps retrouvé… Il ne va pas jusqu’à citer Marcel Proust, mais on le ferait bien volontiers à sa place.

Heacock, en vrai militant de la cause palestinienne, se garde bien de prendre parti ou de croire à des lendemains qui pourraient enfin chanter.

Il montre davantage qu’il ne démontre.
Mais au coeur de cette terre, promise pour les uns et usurpée pour les autres, s’il devait choisir son camp, il serait beaucoup plus proche des Indiens que des cow-boys.