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And Patrick Habis

La Méditerranée des Juifs, Exodes et enracinements

Sous la direction de Paul Balta, Catherine Dana et Régine Dhoquois-Cohen, Les cahiers de Confluences, L’Harmattan, Paris, 2003

Il est difficile de trouver dans les meilleurs atlas une carte de la Méditerranée pour elle-même. Elle est au moins divisée en deux, entre nord et sud, entre rives chrétiennes et rives musulmanes. Oubliée la mare de Platon autour de laquelle coassaient les grenouilles grecques. Oubliée la mer, artère vitale de l’empire romain, la mer du milieu. C’est sans compter avec les communautés juives qui pendant au moins deux millénaires ont maintenu des contacts fructueux, parfois fabuleux (qu’on pense à la Kabbale, à la médecine) entre toutes les rives de la Méditerranée. La Méditerranée a accueilli la première grande diaspora juive. N’oublions jamais que le monde musulman a été pendant un millénaire plus tolérant dans l’ensemble que les nations chrétiennes. Rien de comparable, en dépit des tendances répressives de la dynastie des Almohades au XII° siècle en Espagne, aux pogroms qui ont accompagné la première croisade au XI°siècle, aux mesures anti-juives prises dans les royaumes de France et d’Angleterre autour de 1300, et surtout à la Catastrophe de 1492, l’expulsion des juifs d’Espagne qui a été suivie par celle des juifs du Portugal. La majorité des réfugiés espagnols a trouvé refuge dans l’Empire ottoman fraîchement créé donnant ainsi naissance aux communautés qu’on appelle sépharades. Pendant ce temps les très petites et très anciennes communautés juives d’Italie survivaient en dépit des interdictions professionnelles, de la création officielle des ghettos au XVI°siècle qui se termina cependant sur l’étonnant épisode des juifs de Livourne. Les juifs du pape continuaient à être protégés par les pontifes successifs à Rome comme à Carpentras… Ce livre brillant par son enracinement historique ne prétend pas à une synthèse définitive, qui serait prématurée, même dans sa première partie consacrée aux diasporas historiques. Beaucoup de zones d’obscurité subsistent. Le texte liminaire de M. Abitbol (« Les communautés des six rives ») montre un rare esprit de synthèse historique. Ses idées sont séminales. Il montre en particulier l’importance du choix de l’occidentalisation par beaucoup de juifs de la Méditerranée dès le XIX°siècle. Ce choix était compréhensible et légitime. Mais il coupait les juifs de leurs racines judéoarabes et de la masse de la population musulmane. La seconde partie de ce livre est consacrée aux événements qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, en particulier les conséquences des mouvements nationaux du monde arabe et de la création de l’Etat d’Israël. Il désigne de véritables diasporas qui ont pratiquement détruit de très anciennes communautés juives. Les confidences personnelles sont ici précieuses. Sont montrées quelques-unes des contradictions israéliennes avec l’espoir qu’Israël traite harmonieusement ses différentes communautés aussi bien sépharades qu’ashkénazes et devienne enfin un pays méditerranéen à part entière. Ce beau livre, toujours tragique, parfois douloureux, se termine sur l’appel d’I. Yannakakis au souvenir du « cosmopolitisme  » ancien, en annonçant peutêtre un nouveau ?