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L’explosion du nombre de réfugiés Syriens

Christophe Chiclet: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée
9 octobre 2013
En quatre mois, le nombre de réfugiés syriens qui a passé les frontières et de déplacés dans leur propre pays a considérablement augmenté, à cause de la contre offensive de l’armée loyaliste contre les zones rebelles, contre offensive qui marque des points, et aussi à cause de l’utilisation des armes chimiques. Avec le matériel de guerre russe, des conseillers russes et iraniens sur place et les milices amies du Hezbollah libanais et des Açiciler turcs alaouites, voire de Pasdarans iraniens, Bachar al Assad regagne du terrain.


Début juin de cette année, le HCR (Haut commissariat aux réfugiés) des Nations Unies annonçait environ 1,4 million de réfugiés, dont 500.000 enfants et 2 millions de déplacés sur une population totale de 22 millions d’habitants. A la fin du printemps, 473.000 étaient répertoriés en Jordanie, 470.000 au Liban, 347.000 en Turquie, 147.000 en Irak, 67.000 en Egypte, 10.000 en Algérie et 7.000 en Arménie (des Syro-arméniens). Fin 2012, 24.000 Syriens avaient trouvé asile dans l’UE, 47.000 aujourd’hui.

UN ETE D’ENFER

D’après les Nations Unies, et toujours en provenance du HCR, à la mi-septembre, le nombre de réfugiés à l’extérieur était monté à 2 millions et de déplacés de l’intérieur à 4 millions. Ils sont désormais 720.000 au Liban, 500.000 en Jordanie, 350.000 en Turquie, 150.000 en Irak, 70 à 80.000 en Egypte, 12.000 en Algérie, 11.000 en Allemagne, 9.000 en Arménie voire peut être 10.000 d’après le mensuel Nouvelles d’Arménie Magazine, plus de 8.000 en Suède, près de 4.000 en Italie, plus de 2.000 en Belgique, plus de 2.000 en Bulgarie, un nombre relativement important en Grèce mais inconnu car fondu dans l’importante et ancienne communauté libano-syro-égyptienne installée à Athènes et au Pirée depuis la fin des années 70, un millier à Chypre et seulement 1.800 en France qui fut pourtant la puissance mandatrice de la Société des Nations de 1918 à 1941. Ramal, réfugié syrien à Paris depuis la mi 2012, en relation quotidienne avec ses proches restés au pays, déclarait à un média français cet automne : « Ce n’est pas fini. Ils attaquent tous les jours. Qu’ont-ils encore à détruire ». Enfin quelques centaines d’enfants blessés sont soignés discrètement dans les hôpitaux du nord d’Israël. Des parents syriens désespérés déposent leurs enfants dans le no man’s land syro-israélien du plateau du Golan, au risque de sauter sur une mine. Certains gardes-frontière émus traversent ce no man’s land pour prendre les plus petits dans leurs bras sous la protection des snippers de Tsahal. L’armée de Bachar très présente dans la région n’ose pas prendre le risque de provoquer les soldats israéliens qui ont fortement renforcé leur frontière avec des tanks, des pièces d’artillerie et des missiles de toutes sortes. Des ONG israéliennes commencent aussi à se mobiliser pour aider les réfugiés syriens de Jordanie qui vivent dans des camps de toile immondes. La principale est « Main dans la main » qui a fait passer en Jordanie en mai 2013 5.000 anoraks en prévision de l’hiver, 1.000 paires de chaussures et des jouets pour les enfants. Une des militants de cette ONG de Tel Aviv, déclarait il y a peu : « Nous ne savions pas au début si nous allions obtenir des choses de la part des Israéliens pour les Syriens. Tout le monde a été touché, Juifs comme Arabes ». Et pour le docteur Boms, un des dirigeant de « Main dans la main » : « Ce que nous faisons est de notre devoir en tant que Juif ».

Dans les pays frontaliers de la Syrie, les réfugiés vivent dans des conditions inhumaines sous des camps de toile boueux et froids en hiver, brûlants en été, avec très peu d’hygiène et une nourriture aléatoire fournie par la Croix rouge, l’ONU et les ONG. Les enfants sont particulièrement touchés par les maladies et les épidémies. L’armée française a installé depuis un an un hôpital de campagne au nord de la Jordanie, à une encablure de la frontière syrienne. Les médecins français soignent 60 à 80 patients par jour, dont une majorité d’enfants et de femmes enceintes.

Au Liban, l’arrivée massive de réfugiés a ravivé les conflits intercommunautaires. Les sunnites et druzes libanais soutenant les rebelles, les chiites et alaouites Bachar. Cela s’est traduit par des combats violents et réguliers dans la capitale du nord, Tripoli, et des attentats dans tout le pays. La situation des syriens en Egypte n’est guère meilleure. La police et les anti-Mosri, les accusent de soutenir les Frères musulmans. Ils sont régulièrement victime d’arrestation de la part de la police et de ratonnades de la part des comités de quartiers nés de la révolte anti Mosri de juin dernier. Abou Mahmoud, réfugié syrien au Caire, déclarait à la mi septembre : « Certains Egyptiens pour se venger ou je ne sais quoi, font retomber le problème sur nous en nous accusant d’aider les Frères musulmans ». Et d’ajouter : « Ma femme est rentré un jour très apeurée, le visage blême. Elle m’a dit qu’elle ne quitterait plus la maison car elle avait été agressée avec notre fille dans un bus. Les passagers égyptiens avaient reconnu leur accent syrien ». A Chypre, en Grèce, en Bulgarie, les réfugiés sont enfermés dans des camps de rétention pendant des mois.

LA BULGARIE : NOUVELLE PORTE D’ENTREE DANS L’UE

A la mi-septembre, l’Allemagne a annoncé qu’elle était prête à accueillir 5.000 Syriens de plus, l’Autriche 500, Chypre 200. Laurent Fabius a déclaré que la France allait faire un effort sans préciser le nombre.
Pour rejoindre Chypre, les réfugiés doivent payer aux passeurs libanais entre 1.200 et 1.500 dollars par tête. Pour rejoindre les îles grecques de la mer Egée, les passeurs turcs demandent environ 1.000 euros. Pour passer en Bulgarie, les passeurs turcs prennent 500 euros par adulte et 250 par enfants. Le grand poste frontière turco-bulgare de Kapitan Andréevo qui servit à l’exode de 300.000 Turcs de Bulgarie en 1988 est aujourd’hui sévèrement contrôlé par les armées des deux pays, d’autant que Bruxelles a financé des moyens de surveillance sophistiqués.
Les passeurs turcs les font donc transiter par les zones boisées et froides au niveau des villages d’Elhovo, de Boliarovo et Goliam Dervet. L’hiver dernier, les gardes-frontière bulgares ont retrouvé un jeune couple de syrien mort de froid et complètement gelé. Depuis le début des troubles en Syrie, plus de 2.000 réfugiés sont arrivés en Bulgarie dont aujourd’hui 1.715 sont en demande d’asile politique. Ils sont entassés dans trois camps de rétention : Pastrogor (500 personnes) et Ljubimets aux frontières bulgaro-turco-grecque, l’angle mort de l’UE. Les autres sont enfermés dans le camp de Busmantsi en banlieue de Sofia. Ils sont cloîtrés dans des centres gardés par la police et l’armée, avec barreaux aux fenêtres des dortoirs où ils sont entassés. Ils se plaignent de ne pouvoir sortir et pour la plupart quitter le pays. Le 16 septembre dernier, le gouvernement bulgare a tiré la sonnette d’alarme en disant que le pays ne pouvait plus assurer l’accueil des Syriens et il a demandé l’aide financière de l’UE. Ce jour même 30 Syriens passaient la frontière turco-bulgare ! Quant à Grèce, s’ils sortent des camps de rétention, ils risquent aussi de tomber sur les nervis du parti néo nazi « L’Aube dorée » qui se sont spécialisés dans la chasse et l’assassinat d’immigrés.