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And Patrick Habis

L’empire de l’eau

Yvan Stéfanovitch, L’empire de l’eau, Ramsay, 2005, 536 pages, 22 €

Yvan Stéfanovitch est un grand journaliste d’investigation. Il a passé des années à travailler sur cet énorme pavé de plus de 500 pages, pas toujours facile à lire car parfois très technique et pointu, mais tellement intéressant tant il fourmille d’informations. Il s’agit d’ailleurs d’un véritable travail d’historien. En se plongeant dans les sociétés privées de l’eau, il dévoile minutieusement ce que tout le monde pense. Mais après la lecture de cet ouvrage, on s’aperçoit que cet empire est une véritable pieuvre. Comme le dit l’auteur : « gouttes d’eau, gouttes d’or ». Quand nous payons nos factures d’eau, nous contribuons malgré nous à alimenter les fonds des grands partis politiques. Tel est le fruit du mariage depuis un siècle et demi, entre des élus et trois grands groupes privés : Bouygues, Vivendi-Véolia et Suez-Lyonnaise des Eaux. Dans la corbeille, l’Etat a déposé des pans entiers du service public : eau, électricité, traitement des ordures, chauffage et transport urbains, téléphone mobile, télévision et en prime le secteur du bâtiment et des travaux publics. A noter que d’anciens hauts fonctionnaires sont placés aux commandes de ces entreprises. Cet ouvrage raconte donc par le menu ces étroites relations, de Napoléon III jusqu’à nos politiciens actuels, nationaux ou régionaux, au fil d’une diagonale droite-gauche parfaitement oecuménique. Le livre lève de nombreux lièvres. De la Libération à aujourd’hui, le PC et la CGT ont tout fait pour éviter la nationalisation de l’eau, préférant s’entendre avec ces sociétés privées qui les ont arrosés, au propre comme au figuré. Quand on connaît le clientélisme qui ravage la France méditerranéenne, continentale et corse, et le manque d’eau dans ces régions, allant des frontières italiennes aux espagnoles, on n’est pas étonné qu’Yvan Stéfanovitch explique par le détail les magouilles et coups tordus à Nice, Grasse, Cannes, Marseille, Agde, Montpellier… Abus de biens sociaux, mise en examen d’élus, flambée des tarifs de l’eau et d’autres services, non-respect de la loi littorale, de Monaco à Perpignan rien n’est épargné aux populations par un petit groupe d’hommes lié à l’empire de l’eau, en cheville avec des politiciens à l’accent de Pagnol, parfois en connexion avec les mafias de la région qui ont investi le secteur immobilier depuis longtemps, sans oublier les cadavres dans le placard.