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And Patrick Habis

L’éclatement de la Yougoslavie de Tito. Désintégration d’une fédération et guerres interethniques

Yves Brossard et Jonathan Vidal, Les presses de l’université de Laval - L’Harmattan, 2001, 364 p.

A partir des années 50 la Yougoslavie du maréchal Tito, héros de la deuxième guerre mondiale, paraissait présenter un modèle alternatif à celui de l’Union Soviétique et des démocraties populaires, anti-stalinien, fondé sur l’autogestion. La mort de Tito en 1980 semblait susciter un immense deuil nationale. En 1991-1992 la disparition de l’Union Soviétique, l’éclatement de la Yougoslavie titiste, la nouvelle guerre d’Algérie ont marqué, pour l’historien, le véritable début du XXIè siècle et du troisième millénaire. Nous présentons un ouvrage probe, d’une grande qualité, agréable à lire, servi par de nombreuses cartes, une bonne bibliographie. Cette mise au point sur l’histoire des peuples yougoslaves, des Slaves du Sud, depuis leurs origines, insistant sur les événements contemporains, est susceptible d’intéresser l’historien, mais aussi toute personne préoccupée par des péripéties au retentissement mondial. Ce ne sont pas les événements ultérieurs au Kosovo, puis en Macédoine qui démentiront ce point de vue. Le plan limpide s’articule en sept grands chapitres : la Yougoslavie fédérative de Tito (1946-1980) ; la Yougoslavie posttitiste (1980-1990) ; la Yougoslavie postcommuniste (1990-1991) ; la guerre serbo-slovène et la guerre serbo-croate (1991) ; la guerre de Bosnie (1992-1993) ; la fédération croato-musulmane (1994) et le cessez-le-feu d’octobre 1995 ; les accords de Dayton (1995). La trame narrative et les documents suffisent aux auteurs pour montrer le gâchis historique et humain, les inconséquences du « réalisme » des puissances, le « saucissonnage » des problèmes, dramatique pour la Bosnie en prix à payer pour la paix en Croatie, « l’homogénéisation  » ethnique, résultat des guerres, le monstre des « trois Bosnie ». On comprend que Brossard et Vidal souhaitent un « Dayton II ». On pourrait ajouter beaucoup d’informations utiles, à des niveaux très différents, du structurel à l’anecdotique, de l’histoire complexe du Kosovo avant 1999 aux réticences grecques à laisser son nom à la Macédoine, en passant par le nationalisme grand-serbe de Milosevic ou l’axe franco-américain en 1995, après l’élection de Jacques Chirac. A l’exemple des auteurs, laissons le mot de la fin au romancier bosniaque Ivo Andric : « la vie est un prodige incompréhensible, car elle s’use sans cesse et s’effrite, et pourtant dure et subsiste, inébranlable, comme le pont sur la Drina ».