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And Patrick Habis

Jours tranquilles à Gaza.

Karim Lebhour, Jours tranquilles à Gaza,préface de Stéphane Hessel , Riveneuve éditions, Paris, 2010, 180 p, 15 €.

L’opération « Plomb durci », menée par Israël du 27 décembre 2008 au 3 janvier 2009, a fait 1500 morts Palestiniens, 5285 blessés, des dégâts considérables et maintenu le blocus de la bande de Gaza. Le 31 mai 2010 et début juin, l’attaque sanglante, de l’armée israélienne contre le « Rachel-Corrie », un des six bateaux de la « Flotille de la liberté » affrétée par des organisations propalestiniennes pour acheminer de l’aide humanitaire, a rappelé la vie éprouvante des Gazaouis. Ce livre est donc particulièrement bienvenu dans ce contexte et même au-delà.

À travers 70 chroniques, l’oeil et la plume parfois amusés, plus souvent accablés, de Karim Lebhour donnent à voir et à ressentir le quotidien du million et demi de Palestiniens enfermés dans 363 km2. Journaliste indépendant qui travaille notamment pour Radio France internationale (RFI) et La Croix, il nous fait partager leurs souffrances, découvrir aussi leur sens de l’humour et bien des aspects méconnus ou inattendus de la vie à Gaza. Comme cette nuit clandestine de fêtards intitulée Champagne et kalachnikovs (31 décembre 2007), le zoo où, après que la famine eut tué le couple de zèbres qu’il possédait, le directeur a fait peindre des rayures sur des ânes pour ne pas décevoir les enfants. Ou encore la lutte des femmes qui se révoltent contre le port du voile, l’aventure du Musée de Gaza (8 août 2008), édifié par un entrepreneur en travaux publics pour abriter ses découvertes archéologiques, de l’âge du bronze aux pharaons, aux amphores grecques et aux colonnes de marbre.

Beaucoup de ruines aussi dans ces chroniques dont celles du Centre culturel de la Croix rouge, Art brûlé (1er février 2009) et du Rêve brisé de l’école américaine de Gaza (20 février 2009). Évocation aussi de l’hémorragie qui vide la communauté chrétienne et les bagarres entre les clans, la contrebande par les tunnels rendue inévitable par les politiques imposées de restriction, Mathématiques (23 mars 2010), L’ordre militaire n° 1650 (23 avril 2010) enfin qui « préfigure peutêtre de la fragmentation inévitable des territoires palestiniens ».

Je vous invite à lire toutes les chroniques pour continuer ce voyage inhabituel et vous suggère aussi de découvrir la collection JTA, créée par Gilles Kraemer avec Jours tranquilles à Ramallah, que j’ai préfacé (2008), suivi par Jours tranquilles à Beyrouth, de Nathalie Bontems et David Hury, préface d’Antoine Sfeir (2009).