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And Patrick Habis

Islam et liberté, le malentendu historique

Mohamed Charfi, Islam et liberté, le malentendu historique, Albin Michel, 1999.

Concilier l’Islam et les conceptions modernes du droit et de l’Etat constitue un enjeu crucial pour les Etats arabo-musulmans actuels ; mais c’est là également que résident leur fragilité et leur blocage. Tant que l’idée même de démocratie et de liberté n’aura pas été analysée, pensée selon des critères contemporains et en regard de l’évolution des autres sociétés, puis intégrée dans une véritable réforme de l’islam, le débat demeurera stérile, opposant de manière récurrente démocrates et traditionalistes. Alors que le début du XXe siècle avait vu l’émergence de penseurs tels que Mohammed Abdou, Tahar Haddad, Kacem Amin, Ali Abderrazak et bien d’autres qui incitaient à une approche du religieux compatible avec les sociétés modernes, la fin du siècle marque, notamment avec la montée des fondamentalismes, une régression notoire quant à l’indépendance de la loi par rapport à la sharî’a. Dans cet essai clair et synthétique, articulé autour de quatre grandes questions (l’intégrisme, le droit, l’Etat et l’éducation), Mohamed Charfi (professeur émérite à la faculté des sciences juridiques de Tunis, ancien président de la Ligue des droits de l’homme et ministre de l’Education et des Sciences de 1989 à 1994) propose une profonde révision de la pensée islamique en insistant sur deux points fondamentaux qui conditionnent toute évolution démocratique : une relecture critique de l’histoire et du droit musulmans et le rôle primordial de l’éducation, qui a souvent été abandonnée à ceux qui n’y ont vu qu’un organe de propagande au lieu de la concevoir comme l’élément clef du débat démocratique. L’auteur étudie minutieusement les versets coraniques et des éléments de la sunna prophétique pour en déduire que « l’islam est d’abord une religion, non une politique, une question de conscience et non d’appartenance, un acte de foi et non de force ». Il montre également, à travers des faits historiques nombreux, que l’empire islamique fut essentiellement une oeuvre profane, non religieuse. Il invite les musulmans à rompre avec l’idéologie intégriste pour revisiter les idées des mu’tazilites, celles d’Averroès et des rationalistes, ou encore celles des réformateurs du début du siècle, car ces théories, en incitant à la réflexion critique, peuvent permettre aux musulmans de ce début de deuxième millénaire de concilier islam et modernité, islam et liberté.