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And Patrick Habis

Iran, l’irrésistible ascension

Robert Baer, JC Lattès, Iran, l’irrésistible ascension, 382 p.


L’administration Bush a fait de l’Iran un pivot-géopolitique infréquentable. Dans cet ouvrage, Robert Baer, un ancien responsable de la CIA, qui avait déjà évoqué les connexions entre stratèges américains et émirs saoudiens, dans un livre au titre peu équivoque – Or noir et Maison-Blanche –, évoque la montée en puissance de l’Iran.

Ce livre se nourrit des nombreuses rencontres qu’il a faites dans la zone aussi bien en tant que chef de la région Moyen-Orient de la CIA qu’au titre des ses nouvelles activités de journaliste. Dans une démonstration éloquente, l’auteur décrypte la trajectoire impériale dans lequel l’Iran est engagé. Ainsi, depuis la révolution de 1979, l’Iran construit patiemment son réseau d’influences pour dominer le monde arabe. Parmi les leviers dont dispose l’Iran figure bien entendu le soutien au Hezbollah et plus récemment au Hamas, plus que jamais perçus l’un et l’autre comme les résistants à Israël. Ainsi, l’Iran chiite accède-t-il à une certaine légitimité dans le monde arabe majoritairement sunnite.

Mais si l’empire iranien se construit par la recherche de légitimité, il se fonde aussi sur le contrôle, direct ou indirect, du pétrole irakien ; en particulier, le pétrole de la région de Bassora serait déjà sous sa tutelle. Quant au pétrole du Golfe, il pourrait être en partie dominé par l’Iran d’après des scénarios que l’auteur propose.

Outre les ressources supplémentaires, l’empire iranien naissant dispose au moins de deux autres atouts dans le domaine énergétique : le contrôle du détroit d’Ormouz où transitent 20 % des volumes consommés quotidiennement et la possibilité de peser sur les corridors énergétiques que sont le Caucase et l’Afghanistan.

Ce livre pourrait toutefois être mis en discussion avec celui de Laurence Louër qui exprime des doutes sur le devenir de l’influence iranienne auprès des communautés chiites de l’extérieur.

Si donc la trajectoire impériale est peut-être exagérément soulignée, il est surtout intéressant de retenir la contrepartie géostratégique que propose Baer : puisque l’Iran est à ce point puissant, stable et en capacité de stabiliser le Moyen-Orient, les États-Unis ont tout intérêt à construire une dialogue fort avec ce pays plus que jamais pivot. Et l’auteur de dessiner les contours de cette « alliance ».

A l’heure où l’administration américaine change de main, il reste à savoir si ce choix d’une réorientation de sa politique étrangère en direction de l’Iran pourra être totalement ou en partie repris par la Maison-Blanche.