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And Patrick Habis

Introduction : Régimes politiques et droits humains au Maghreb

Lahouari Addi: Professeur de sociologie à l’IEP de Lyon. Dernier ouvrage paru : « Algérie, chroniques d’une expérience de modernisation postcoloniale », éditions Barzakh, Alger, 2012.

La torture a toujours fait partie des plus efficaces pratiques du pouvoir. Officielle ou secrète, elle n’est jamais loin, dès qu’un régime vise l’orthodoxie et la conformité. Elle est inscrite dès le départ dans la logique du pouvoir. Car le pouvoir repose sur l’obéissance et la docilité, donc sur des attitudes qui ne sont jamais durablement garanties. L’obédience peut être dénoncée, l’allégeance récusée à tout moment. Jamais le maître ne peut être tout à fait sûr de ses serviteurs. Or la torture le met à l’abri de la rébellion. Elle ressortit à la politique de la dissuasion interne. Car elle n’entretient pas seulement la peur de la mort, qui contraint à obéir ; elle suscite une angoisse beaucoup plus terrible ; celle des affres d’une agonie sans fin. La torture prouve la toute puissance du régime. Elle montre aux sujets qu’on peut tout leur faire, même ce qu’il y a de pire. Wolfang Sofsky, Traité de la violence, Gallimard, 1998 Les régimes politiques du Maghreb sont confrontés à l’usure du pouvoir et au déclin de la légitimité historique qui leur a servi de fondement depuis les indépendances. Investis dans les années 1960 de la triple mission de construire l’Etat, de développer l’économie et de moderniser la société, ils avaient fait taire toute opposition pour que l’administration puisse réaliser ces tâches d’édification nationale. Cinq décennies après la fin de l’ère coloniale, le bilan en terme de développement économique et social paraît maigre et le pouvoir exécutif fonctionne toujours sans contrepoids institutionnel. Il ne rend compte ni au Parlement – réduit à une chambre d’enregistrement issu d’élections truquées – ni à la justice dont l’autonomie est virtuelle. L’Etat se réduit alors à une administration dépassée par l’énormité de la tâche et à des services de police chargés de réprimer la contestation. Allant de la dispersion violente de manifestations à la détention arbitraire accompagnée de torture et parfois de disparitions, la répression est le plus souvent menée en dehors du cadre de la loi et marquée par des violations répétées de droits de l’Homme.

Vous pouvez vous procurer, en version numérique, cet article ou l’intégralité du Numéro 51 : Régimes politiques et droits humains au Maghreb, sur le site de Cairn.info à l’adresse suivante : http://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2004-4.htm