Suivez nous!

Dernier Numéro

design by Studio4u
And Patrick Habis

Histoire de la Méditerranée

Jean Carpentier et François Lebrun, Histoire de la Méditerranée, Seuil, Paris 1998, 637 pages.

Cet ouvrage retrace l’histoire de la Méditerranée, celle d’un espace et de ses peuples, des origines à nos jours, ce qui n’avait pas été fait depuis l’oeuvre de Fernand Braudel. Son but initial de cumuler haut niveau scientifique et accessibilité est atteint. Chacune des cinq parties correspondant à autant d’ères est traitée par un historien spécialiste de la période. La lecture est facilité par un plan très structuré et l’ensemble est précis sans être trop détaillé. Il est enrichi en annexe de cartes, d’une chronologie, de tableaux statistiques, d’un glossaire, d’un index et d’une bibliographie. I-La Méditerranée antique ou la quête de l’unité Cet espace, habité depuis la préhistoire, est un lieu de conflits dès le XVIe av. J.-C. entre Grecs, Phéniciens et Etrusques, puis entre Carthaginois et Romains avec les guerres puniques au Ve av. J.-C. Apartir du IIIe siècle av. J.-C., les sociétés méditerranéennes sont pour la première fois sous une unique tutelle politique, celle de l’Empire romain qui développe le modèle civique avec un rôle primordial dévolu à la cité et intensifie le trafic maritime. La naissance du christianisme est une source d’oppositions jusqu’à son adoption officielle au IVe siècle. II-De l’unité à la diversité : les grandes fractures (Ve-XVe siècle) L’unité politique du monde romain est rompue au Ve siècle avec les invasions barbares. La Méditerranée redevient un lieu d’affrontements (montée de l’intolérance religieuse) tout en restant un espace privilégié d’échanges économiques et culturels. On peut distinguer trois grandes aires : l’Empire romain, ou monde occidental chrétien latin, qui conduit les croisades au XIe siècle, domine de nouveau la Méditerranée à partir du XVe et accueille la Renaissance au 16e ; l’Empire byzantin, ou monde chrétien oriental grec, qui est remplacé par l’Empire ottoman au XVIe siècle ; l’Empire arabe qui se forme lors de l’avènement l’islam (VIIe) au détriment de l’Empire byzantin, est politiquement divisé dès le VIIIe et est anéanti par l’arrivée des Mongols et des Turcs et par la Reconquista espagnole au XIIIe siècle. III- La Méditerranée du premier rang aux seconds rôles (XVIe-XVIIIe siècle) Au milieu du XVIe, les empires ottoman et espagnol se partagent la plus grande partie de la Méditerranée et s’affrontent violemment tandis que la Renaissance de la République de Venise atteint toute l’Europe. La Méditerranée représente un immense marché de produits mais aussi d’esclaves, elle est un important lieu de migrations (parfois contraintes) et connaît un nouvel essor démographique au début du XIXe siècle. Acette époque les deux empires sont décadents (conflit permanent, difficultés financières), par ailleurs, Venise et la France réapparaissent sur la scène méditerranéenne tandis qu’une nouvelle puissance s’impose, l’Angleterre (prise de Gibraltar en 1704). IV-L’Europe réinvente la Méditerranée (1815-1945) L’expédition de Bonaparte en Egypte en 1798 annonce la pression coloniale de l’Europe en Méditerranée. Profitant de la rupture des équilibres et de la désagrégation de l’Empire ottoman très endetté, et fortes de leur maîtrise de la mer et des échanges, la France et l’Angleterre se partagent le Maghreb et le Proche-Orient. L’ouverture du Canal de Suez en 1869 fait entrer la Méditerranée dans un système mondial d’échanges. Au moment de la première guerre mondiale, le modèle européen de l’Etat-nation s’impose tandis que les Etats-Unis apparaissent sur la scène méditerranéenne. Entre les deux guerres l’enjeu du pétrole, le développement de l’arabisme avec Nasser et l’incapacité de la SDN à résoudre le problème palestinien secouent le Proche-Orient alors que sur la rive nord se forment des gouvernements fascistes et des dictatures militarisées. A la fin de la deuxième guerre mondiale, la Méditerranée, libérée de l’occupation allemande, manifeste une prise de conscience nationaliste. V-Du mare nostrum à la dérive des continents (de 1945 à nos jours) La deuxième partie du XXe siècle est une période d’instabilité dans la région. La Méditerranée est un des espaces les plus disputés pendant la guerre froide par les deux blocs. Placée sous l’hégémonie américaine, elle est touchée par deux graves crises mondiales (crise de Suez en 56 et guerre du Golfe en 91), par le terrorisme, le conflit israélo-arabe et la montée de l’intégrisme musulman. On peut distinguer trois méditerranées : la rive catholique, libérale et individualiste qui crée la Communauté Européenne en 57, rejoint par le Portugal, la Grèce et l’Espagne dans les années 70 ; les Balkans et le vide laissé par l’écroulement du communisme à la fin des années 80 (Fernand Braudel : « ce monde sans père ») ; la rive musulmane « sous-développée » qui est à l’origine des chocs pétroliers des années 70, où les pouvoirs instables et endettés sont mis sous la tutelle du FMI dans les années 80, des tensions interarabes se développent, le conflit israélo-arabe semble interminable, et où on assiste à un renforcement du religieux. Le fort contraste nord-sud (dépendance alimentaire, poids de la dette, migration) peut-il trouver une solution dans le pari de la coopération euro-méditerranéenne (Barcelone, 95) vers une intégration au système mondial, et une conscience de Méditerranée commune ?