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And Patrick Habis

Guerre et terrorisme arméniens

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, PUF, Politique d’aujourd’hui, 2002, 292 pages, 20 €

Le titre ne reflète pas le contenu exact de cet ouvrage. L’éditeur a dû choisir un titre accrocheur pour des raisons de marketing. Il s’agit d’un résumé d’une thèse de plus de 1 400 pages. C’est donc une étude extrêmement pointue et sérieuse de l’histoire contemporaine de la Fédération Révolu-tionnaire Arménienne Dachnaktou-tioum, plus connue sous le nom de FRA-Dachnak, de 1959 à nos jours.

La bibliographie sur l’Arménie et le mouvement arménien est assez importante et souvent de bonne tenue, mais cet ouvrage est bien au-dessus de la moyenne. L’auteur analyse avec brio la complexité du mouvement arménien en général et de la FRA en particulier. S’appuyant sur d’énormes sources, il a su démêler le complexe écheveau byzantin de ce grand pan d’histoire.

En effet, la FRA a toujours été bicéphale, écartelée entre de trop nombreux paradoxes : entre Arménie et diaspora, entre URSS et Russie, entre Occident et Etats-Unis, entre diaspora moyen- orientale et diaspora occidentale, entre socialisme révolutionnaire et conservatisme. Les chefs de la FRA ont passé leur temps à louvoyer entre ces extrêmes, étant hommes de paix d’un côté et chefs terroristes de l’autre. Bref, l’histoire de la FRA reflète l’évolution d’un monde arménien ballotté par la géographie, l’histoire et la géopolitique. Gaïdz Minassian, aujourd’hui journaliste sur le site internet du Monde, analyse le flux et le reflux du haïtadisme, c’est-à-dire de la cause arménienne qui prétend lier ensemble l’arménité et l’universel, la violence révolutionnaire et la perspective de la paix universelle.

Cette arménité est aussi complexe que la judaïté. Qu’y a-t-il de commun entre un riche commerçant du Liban, un paysan du Haut Karabagh, un petit employé de la banlieue de Paris ou de Los Angeles et un ex-nomenklaturiste communiste d’Erevan ? Et tous ont plus ou moins en eux le spectre du premier génocide du XXe siècle, un génocide qui est en partie reconnu, mais toujours pas par l’expuissance génocidaire. Aucun dirigeant turc n’a mis genou à terre et demandé pardon, comme le fit un chancelier allemand pour le génocide des juifs. Pour tous ceux qui veulent réellement comprendre les arcanes de l’histoire arménienne, ce livre est aussi indispensable qu’exemplaire. La seule critique à faire, c’est qu’il manque cruellement de cartes.