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And Patrick Habis

Gestion et hydrodiplomatie de l’eau au Proche-Orient

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Fadi Georges Comair, Gestion et hydrodiplomatie de l’eau au Proche-Orient, Les éditions l’Orient le jour, 312 p., 2009.

Parmi les crises cachées – en tout cas moins médiatisées que les crises militaires ou politiques qui secouent le Proche-Orient –, la crise hydraulique figure au premier rang. Et quand elle est médiatisée, cette question est trop vite renvoyée aux guerres de l’eau, une expression finalement par trop grossière. Derrière ce poncif des guerres de l’eau, il y a une réalité bien plus épaisse qui se dérobe aux explications souvent trop hâtives. Car, sur cette question, il faut porter à la fois un regard très technique et très politique si l’on veut saisir avec précision les rivalités de pouvoir qui se nouent sur cette « question d’Orient ».

L’actuelle crise de l’eau qui frappe l’Irak et la Syrie rappelle la forte implication de cette question sur les relations entre la Turquie d’une part et ses deux voisins mésopotamiens d’autre part. De même, la dimension hydropolitique du Golan se rappelle aux bons souvenirs des observateurs de la géopolitique régionale à un moment où la diplomatie semble appelée à se réactiver sur la question. Enfin, alors qu’elle est peu médiatisée, la crise de la soif qui affecte les territoires occupés palestiniens révèle à quel point la logique d’emprise territoriale d’Israël a intégré cette dimension hydropolitique.

Situé à la croisée des regards technique, géopolitique et diplomatique, le livre de Fadi George Comair présente un éclairage complet sur les dessous de crises hydrauliques qui balaient avec plus ou moins d’acuité le Proche-Orient. L’auteur a l’originalité d’être à la fois universitaire – il enseigne à la NDU de Beyrouth – et gestionnaire – il a été PDG de l’Office du Litani avant d’être directeur général du ministère de l’Eau et de l’Energie du Liban. Mais cet auteur a été aussi l’acteur des négociations diplomatiques qu’a dû mener son pays avec Israël et la Syrie.

Nourri par la rigueur de l’approche universitaire, la maîtrise de l’ingénierie hydraulique et l’expérience d’une diplomatie vécue, ce livre est à la fois très vivant, très riche en informations et précis, sans être jamais abscons.

Bassin après bassin, l’auteur revisite la géographie et les enjeux des fleuves ou des nappes qui les composent. Bien sûr, quand il aborde les eaux partagées par le Liban et ses voisins, son analyse s’éclaire encore plus, eu égard à sa position d’acteur direct des négociations : il a été très impliqué dans les négociations syrolibanaises au sujet de l’Oronte (Al Assi) et du Nahr el Kébir mais aussi dans les négociations avec Israël au sujet du Wazzani- Hasbani. Ses informations de première main sont un élément d’importance de cet ouvrage roboratif. Mais il est plus que cela : il est délibérément et raisonnablement tourné vers la paix. En effet, il montre concrètement qu’une coopération est possible entre pays de la région, notamment par la mise en oeuvre du concept de « masse d’eau » à partager.

Au final, il s’agit bien d’un ouvrage d’importance pour regarder avec raison et espoir ce que d’aucuns tendent à embrouiller et à noircir.