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And Patrick Habis

Géopolitique de la Grèce

Georges Prévélakis, Géopolitique de la Grèce, Ed. Complexe, col. Géopolitique des Etats, 1997, 144 pages.

Voilà enfin une lacune comblée et de belle manière, intelligente et pédagogique. La bibliographie française sur la Grèce pêchait par une trop grande spécialisation et une relative faiblesse en histoire contemporaine. Il existe certes d’excellents travaux sur les guerres d’indépendance du XIXème siècle, sur la résistance durant la Deuxième Guerre mondiale, des monographies ethnologiques ainsi que des anthologies littéraires et des guides touristiques. Mais à part un Que-Sais-Je un peu vieilli, aucun livre ne faisait le point globalement sur la Grèce néo-hellénique. Georges Prévélakis a relevé ce défit dans une collection qui ne lui laissait guère de liberté car tous les pays sont traités à peu près de la même façon et avec une pagination assez réduite. Il lui a donc fallu résumer tout en étant le plus exhaustif possible. L’auteur qui a déjà publié un manuel sur les Balkans en 1994, s’en est parfaitement sorti sans tomber dans le piège des généralités et des banalités. En effet, Georges Prévélakis n’est pas un géographe ordinaire. Spécialiste de géopolitique, esprit libre, il livre souvent des analyses hétérodoxes. Il est d’ailleurs fort peu apprécié des milieux nationalistes grecs prompts à dénoncer tous les traîtres à la patrie par voie de presse. L’ouvrage débute par une présentation de l’espace grec historiquement et géographiquement. Espace mouvant et changeant qui a grossi et rétréci au gré des conflits. Espace souvent convoité par les voisins albanais, macédoniens, bulgares et turcs, même encore aujourd’hui comme l’a montré en 1996 le conflit gréco-turc pour l’îlot d’Imia dans le Dodécanèse. Espace morcelé entre les massifs continentaux et les chapelets d’îles des mers Egée et Ionienne. Espace maritime donc qui a forgé l’âme grecque mais qui est en partie revendiqué par la Turquie qui empêche toute extension des eaux territoriales grecques. La deuxième partie est une présentation de l’identité politique de la Grèce, c’est-àdire des clés d’explication de l’hellénisme contemporain avec ses forces et ses faiblesses. Les Grecs d’aujourd’hui ne sont que les descendants des Périclès et autre Aristote. L’hellénisme par la culture, la religion et le commerce a servi de creuset pour des populations albanaises, valaques et slaves. Mais ce creuset n’a pas fonctionné avec la minorité turque qui est victime d’une certaine ségrégation. Georges Prévélakis aborde aussi un sujet peu connu hors de Grèce : les contrastes régionaux. En son temps le grand géographe français Noin avait publié un célèbre "Paris et le désert français". Ce schéma peut s’appliquer sans problème à la Grèce où Athènes centralise près de la moitié de la population et la grande majorité des activités économiques et commerciales. Malgré une volonté décentralisatrice des socialistes du PASOK, la province pâtit de cette situation et Salonique n’a toujours pas retrouvé sa vocation de capitale des Balkans après la chute du communisme dans la région. Cet échec est dû à l’embargo international contre la Serbie et au blocus grec contre la Macédoine. Ensuite l’auteur analyse le système politique grec des années soixante dix à nos jours en présentant les grandes familles politiques : droite, centre et gauche ; le tout agrémenté d’une chronologie politique de 1821 à 1996, et d’un encadré sur la question du régime (monarchie ou république) qui a longtemps empoisonné la vie politique du pays. Mais Georges Prévélakis va plus loin et à raison ; il analyse le rôle d’autres acteurs importants : l’église, l’armée, les médias et le monde des affaires. Par ailleurs il met en avant un phénomène typiquement méditerranéen qui gangrène la démocratie aussi bien en Espagne, en Italie qu’en Grèce, aussi bien à droite qu’à gauche. Enfin, l’auteur termine se tour complet par les relations extérieures de la Grèce. La querelle gréco-turque tient une place privilégiée avec en toile de fond l’affaire chypriote. Vient ensuite la poudrière balkanique dans le contexte de la guerre froide puis de la fin du communisme et les relations chaotiques avec l’Albanie et la Macédoine. La troisième partie de ce chapitre résume l’importance du poids des grandes puissances en Grèce. En effet, de 1830 à 1974, la Grèce a vécu sous la férule des Occidentaux : les Anglais jusqu’en 1947 puis les Américains. Quant aux prodromes de la guerre froide, ils ont été particulièrement chauds en Grèce puisqu’ils sont en partie à l’origine de la guerre civile. Enfin pour mieux utiliser ce manuel, l’auteur termine sur un dictionnaire où sont traduits des termes grecs importants et mentionnées les biographies les plus importantes.