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And Patrick Habis

Formes nouvelles de l’islam en Turquie

Gérard Groc, Formes nouvelles de l’islam en Turquie, Les Annales de l’autre Islam, n°6, INALCO, Paris, 1999, 130FF.

L’islam en Turquie revêt des formes d’une étonnante diversité. Du regain clientéliste de confréries soufies centenaires à la violence terroriste du mouvement Hezbollah, de la vitalité économique des nouveaux entrepreneurs d’Anatolie à l’expérience piteuse du pouvoir par le Parti de la Prospérité (Refah partisi) de juin 1996 à juin 1997, les trajectoires de ses acteurs convergent rarement et se fractionnent plus sûrement, sous le jeu de la rivalité entre des leaders politico-religieux obnubilés par la modernité mais divisés sur les moyens de la dompter. Les Annales de l’autre Islam, publication de l’Equipe de recherche interdisciplinaire sur les sociétés méditerranéennes musulmanes (ERISM), liée à l’Institut national des langues et civilisation orientales INALCO), viennent de réaliser un numéro qui rend remarquablement compte de la vitalité de la mouvance islamique en Turquie et de la violence de ses heurts avec l’establishment politico-militaire du pays. Sous la houlette de Gérard Groc, chercheur associé à l’IREMAM d’Aix-en- Provence, vingt-neuf auteurs, turcs pour la plupart, proposent une vision kaléidoscopique foisonnante où l’islam apparaît certes comme une force de contestation récurrente du système politique turc, arrimé au concept incantatoire de la laïcité. Mais qu’ils endossent les habits seyants d’un Fethullah Gülen, leader charismatique et politiquement correct reçu à l’occasion par le pape, ou le discours offensif des propagandistes de la « synthèse turco-islamiste », idéologie aux relents ultra-nationalistes, les mouvements islamiques turcs semblent voués à être assimilés ou manipulés par un Etat engagé dans une modernisation toujours autoritaire de la société. Anoter que le précédent numéro des Annales de l’autre Islam, le n°5, paru en 1998, est consacré à l’Islam des Kurdes. Il a été coordonné par l’un des éminents connaisseurs de la société kurde, Martin van Bruinessen, professeur à l’université d’Utrecht (Pays-Bas).